Biologie de la religion: Biologie et génétique suffisent-elles à expliquer la religion?

Soirée Cèdres Réflexion du 28 novembre 2016 avec la participation du prof. Jacques Dubochet, physicien et biologiste, professeur honoraire à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, du Père Thierry Magnin, Recteur de l'Université catholique de Lyon, Jacques Besson, médecin-psychiatre et Gilles Bourquin, théologien et co-rédacteur en chef du journal Réformés, mensuel des Eglises réformées suisses romandes. Avec une introduction par Jean-François Habermacher, président de l'Association Cèdres Réflexion."La question est alors la suivante : pour comprendre la portée de la religion, peut-on s’en tenir aux seuls aspects de l’évolution biologique du vivant ? Car la religion, la « substance » religieuse est aussi liée à l’histoire, à la culture, au contexte social, à l’environnement, à l’éducation, à l’expérience personnelle. Pour « faire une religion », il ne faut pas seulement des relais, des supports matériels et psychiques, mais il faut un monde… (Jacques Besson).Dès lors, comment ces différentes approches peuvent-elles dialoguer ? Faut-il naturaliser le « monde des humains » ou, au contraire, défendre une « irréductibilité propre », une « exception humaine » qui tiendrait vraisemblablement davantage de la fiction que de la réalité ? Ou s’en tenir à une position plus modeste, dégagée des formes de « pensée extrême », parce qu’attentive au fait que tout dans la réalité est intrication d’éléments à la fois « naturels » et « construits » ?" (J.-F. Habermacher) Niveau grand public instruit.

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POINTS DE VUE

Jacques Dubochet: “Avec la conscience, les capacités individuelles ont explosé. Elles ont remis en cause les organisations sociales. L’espèce n’y aurait pas survécu sans l’émergence, dans un des groupes préhumains, d’une nouvelle propriété que j’appelle la transcendance. C’est par elle que l’égoïsme naturel a été suffisamment dépassé pour que puissent s’établir les formes de sociétés qu’exigeaient les nouvelles capacités humaines. Le langage en a été instrumental. Les religions en sont une expression sociale récurrente.”

Thierry Magnin: “[…]dans les relations science-philosophie-théologie, nous ne cherchons pas un dieu explication qui serait une éventuelle cause du même niveau que les effets analysés par les scientifiques. La notion de création dans la Bible affirme que « tout ce qui est » existe parce que Dieu le fait être. Il y a donc une « action de Dieu » (Livre des Actes des Apôtres 17, 28 : « En Dieu nous avons la vie, le mouvement et l’être »). La théorie de l’évolution repose, elle, sur le principe que tout ce qui est apparu dans le cours de l’histoire de la vie est le fruit de transformations de l’énergie et de la matière. Il s’agit d’articuler l’action de la nature et l’action de Dieu sans les confondre.”

Jacques Besson:  “Quittancer Jacques Dubochet sur plusieurs points :
– L’altruisme comme transcendance
– Altruisme et transcendance sont des produits de l’évolution
– L’émergence de la conscience réflexive est une rupture : de nature en culture
– Cette rupture va favoriser l’épigénétique et la singularité des individus
– La conscience augmente la responsabilité mais aussi la liberté
– Le dépassement de soi peut être vu comme une « transcendance horizontale », une spiritualité non religieuse

Divergences avec Jacques Dubochet sur quelques points :
– Pourquoi ne pas s’intéresser au mystère ? On peut être scientifique et mystique.
– En psychiatrie contemporaine, la question du lien et du sens est devenue centrale, face au vide existentiel créer un espace de santé spirituelle, dans une transcendance qui soit aussi « verticale » tant dans la profondeur que la hauteur.
– Citer le mystique lausannois Maurice Zundel : « L’homme est une fusée à trois étages » : 1. Somatique et 2. Psycho-social, tous deux soumis au déterminisme (relèvent donc de la science) 3. Spirituel, non soumis au déterminisme (relève donc de la foi)”

Gilles Bourquin: “je souhaite signaler que la spécificité de l’homme vis-à-vis de l’animal est moins évidente à situer qu’il n’y paraît, et que certains arguments humanistes traditionnellement avancés résistent difficilement aux critiques actuelles.
A mes yeux, c’est la notion de responsabilité éthique qui constitue la spécificité la plus solide. Le jour où nous traduirons devant nos tribunaux une abeille, un bouc ou un chien pour avoir piqué, rué ou mordu, nous ne reconnaîtrons plus vraiment de frontière entre,l’homme et l’animal. Jusqu’à ce jour, l’émergence du vivant jusqu’à l’homme responsable comporte à mes yeux un « mystère » que je me risque à appeler Dieu.”