Clonage – le génie est-il sorti de la lampe?

Le 24 janvier 2018, la revue Cell a annoncé le premier clonage réussi de primates non-humains (deux macaques âgés de 8 et 6 semaines, nommés Zhong Zhong et Hua Hua) par des chercheurs de l'Académie chinoise des Sciences à travers le transfert nucléaire de cellules somatiques. L'élément le plus controversé de ce clonage est l'affirmation que cette technique pourrait s'appliquer aux êtres humains. Selon les paroles de Mumming Poo, directeur de l'Institut des neurosciences de l'Académie chinoise des science, "Je dirais que l'homme est une espèce de primate. Maintenant avec le clonage des primates, la barrière est tombée avec ces travaux. En principe, on peut cloner des humains. Peut-être y a-t-il plus de difficultés techniques mais en principe cela ne devrait pas poser de problèmes." Est-ce que venons en effet de franchir un pas décisif avec l'arrivée au monde de ces deux macaques? Le génie est-il ainsi "sorti de la lampe", comme l'estime l'expert en clonage Jose Cibelli de l'université d'Etat du Michigan? Est-ce qu'on "s'approche petit à petit de l'interdit absolu", comme pense le généticien Axel Kahn? Pour voir un court entretien vidéo AFP avec Mumming Poo et pour plus de détails sur l'histoire de Zhong Zhong et Hua Hua, ainsi que des réactions des éthiciens et représentants de l'Eglise catholique, cliquer sur le titre de l'article. Niveau grand public.

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“Clonage : “Que les humains soient clonés un jour, j’en ai toujours été persuadé”, affirme le généticien Axel Kahn”, entretien pour Franceinfo, le 25 janvier (cliquer ici)

“Est-ce que ce clonage en Chine est utile ou doit-on parler d’un “coup” des scientifiques qui savent que cette première aura beaucoup de retentissements ? 

[Axel Kahn] Je vais être franc : c’est probablement un peu la deuxième réponse. On fait de moins en moins de recherche sur les singes parce qu’il y a un respect croissant pour les singes, donc ce n’est pas l’animal d’expérience idéal. C’est vrai que pour les neurosciences, le singe a nettement plus d’intérêt et je ne vais pas totalement disqualifier cet objectif purement scientifique. Mais la raison pour laquelle il y a un tel retentissement, c’est qu’on s’approche petit à petit de l’interdit absolu : “C’est un primate comme nous, donc c’est bientôt nous !” C’est évident.”

Michael Greshko, “Singes clonés en Chine: nos réponses à vos questions”, National Geographic, le 26 janvier 2018 (cliquer ici)

“Des scientifiques viennent de cloner des singes. Et demain, l’être humain?”, Courrier International, le 25 janvier 2018 (cliquer ici)

Liu et al., “Cloning of Macaque Monkeys by Somatic Cell Nuclear Transfer”, Cell (2018, le 24 janvier 2018 (anglais, niveau universitaire)

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Andrea Tornielli, “Cloned monkeys, the fear of human experiments” (anglais), La Stampa/Vatican Insider, le 25 janvier 2018 (cliquer ici)

Le Cardinal Elio Sgreccia, président émérite de l’Académie Pontificale pour la Vie, commenta la nouvelle et la définit comme “une menace pour l’avenir de l’humanité”. Tandis que par rapport à l’hypothèse du clonage humain, envers lequel l’Eglise ne peut qu’exprimer sa condamnation la plus forte et complète – expliqua le cardinal bioéthicien, s’il s’agit du clonage animal, le magistère n’a pas encore exprimé une condamnation explicite, officielle, laissant le thème à l’évaluation responsable des scientifiques.” Mais, ajoute-t-il, “il n’y a pas de doute que la transition de la première brebis Dolly vers d’autres animaux et maintenant même des singes, c’est-à-dire un primate si proche de l’homme, représente une attaque authentique contre l’avenir de toute l’humanité. Il y a un risque très élevé que le clonage des singes pourrait être considéré comme l’avant-dernier pas avant le clonage humain, un évènement que l’Eglise n’approuvera jamais”.

Cardinal Elio Sgreccia, president emeritus of the Pontifical Academy for Life, commented on the news and defined it “a threat to the future of humanity”. While on the hypothesis of human cloning, on which the Church can only express her strongest and most complete condemnation – the bioethicist cardinal explained – on animal cloning, the ecclesiastical magisterium has not so far expressed an explicit, official condemnation, leaving the theme up to the responsible evaluation of scientists”. But, he adds, “there is no doubt that the transition from the first Dolly sheep to other animals and now even to monkeys, that is to say to a primate so close to man, represents an authentic attack on the future of all humanity. There is a very high risk that monkey cloning may be considered as the penultimate step, before human cloning, an event that the Church will never approve”.