De la Technè à la Technoscience – “Nous rendre comme maître et possesseur de la nature” ou la fin de la mimesis (2)

Fabrice Hadjadj analyse et conteste l'idée de Heidegger selon laquelle le christianisme serait à l'origine du "règne de la technique" dans la société contemporaine à cause de la subordination de la nature à Dieu, l'être à la volonté. Fabrice Hadjadj considère que la science moderne est conditionnée par la tradition judéo-chrétienne d'une manière certes ambiguë, mais estime que ce conditionnement comporte néanmoins des éléments positifs. Son argument s'articule en trois points essentiels: i) comparée à la façon de concevoir la relation entre l'homme et la nature de l'Antiquité païenne, la tradition biblique opère indéniablement un changement de référent ultime, qui passe de la nature à Dieu comme transcendant relatif à un cosmos qui n'est pas divin: les êtres humains se trouvent dans la nature, mais ont aussi la Parole de Dieu qui devient primaire par rapport à la physis. Si cela donne un statut particulier à l'homme, ce dernier se trouve en position de responsabilité envers la nature, non pas de domination méprisante. ii) les pères fondateurs de la science moderne, conditionnés par leur foi chrétienne (Galilée, Descartes), abordaient les phénomènes naturels comme un livre, ce qui implique une attitude de foi en la raison, le logos humain étant capable de lire des lois dans la nature. iii) la naissance de la technoscience devrait être replacée dans le contexte de la primauté de l'amour du prochain, donnant lieu à une science utile (sans être nécessairement utilitariste pour autant) au service du bien commun, une science qui ne serait pas de l'ordre de la pure contemplation. Durée 39 minutes. Niveau universitaire/grand public instruit. Image: Galileo Galilei par Peter Paul Rubens (ca. 1630).

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