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De la Techné à la Technoscience - "Nous rendre comme maître et possesseur de la nature" ou la fin de la mimesis (2) - Sciences & Religions

De la Techné à la Technoscience – “Nous rendre comme maître et possesseur de la nature” ou la fin de la mimesis (2)

Cours de Fabrice Hadjadj de Philosophie de l’Art et de la Technique à l’Institut Philanthropos. Poursuivant son analyse des changements philosophiques liés à l’essor du projet technoscientifique occidental visant la domination de la nature plutôt que sa contemplation, Fabrice Hadjadj prend la défense de Descartes contre l’accusation selon laquelle l’auteur du Discours de la Méthode voulait se […]

Cours de Fabrice Hadjadj de Philosophie de l’Art et de la Technique à l’Institut Philanthropos. Poursuivant son analyse des changements philosophiques liés à l’essor du projet technoscientifique occidental visant la domination de la nature plutôt que sa contemplation, Fabrice Hadjadj prend la défense de Descartes contre l’accusation selon laquelle l’auteur du Discours de la Méthode voulait se positionner comme un tyran par rapport aux êtres vivants non-humains.  Même si on trouve effectivement chez Descartes la notion de l'”animal-machine”, les animaux sont néanmoins la création de Dieu et capables de susciter notre émerveillement pour leur perfection mécanique (c’est l’époque des horlogiers, de la fascination pour les automates…).  L’idée d’une emprise totale sur la nature serait l’invention d’autres auteurs, notamment de Francis Bacon, chez qui la science opérative, utile, va de pair avec une utopie politique (Nouvelle Atlantide), où le savoir est synonyme de pouvoir. L’attitude instrumentale de Bacon face aux animaux prédit toutes les manipulations possibles (combinaison des espèces etc.) par l’homme. On rentre dans une logique de l’efficience sans fin, causes finales et formelles dans le sens aristotélicien ayant disparu. Pour Aristote toute énergie est formelle et spécifique, tandis qu’au XVIIe siècle cela devient une ressource neutre à la disposition de l’homme. Le concept d’une finalité dans les formes naturelles n’apparaît plus dans la vision baconienne, pour laquelle les êtres vivants n’ont pas de finalité propre à eux. On ramène donc l’ensemble de la nature à notre propre finalité, l’utilité humaine. Pour Hadjadj nous trouvons la même chose chez Kant, malgré son refus d’un simple réductionnisme: dans sa critique de la métaphysique, les phénomènes sont d’une certaine façon fabriqués par notre propre entendement:

“la raison n’aperçoit que ce qu’elle produit elle-même d’après ses propres plans, qu’elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugement suivant des lois constantes, et forcer la nature à répondre à ses questions, au lieu de se laisser conduire par elle comme à la lisière.” (Critique de la raison pure [1787], Préface à la seconde édition).

Si le romantisme post-kantien de Jacobi et d’autres auteurs tente un renversement en argumentant que nous pouvons quand même avoir une sorte d’approche mystique des “choses en soi” inconnaissables par la raison (ce que Kant lui-même semble suggérer en laissant de la place pour l’art et la morale), nous retrouvons ici les prémices d’un constructivisme anthropocentrique. Durée 41 minutes. Niveau universitaire/grand public instruit.

Ecouter le cours (Leçon 6: 9ème semaine 1)

Leçon 6: support écrit (cliquez ici)

Francis Bacon La nouvelle Atlantide

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