Entretien avec Olivier Rey – De la Science et du Cosmos

"A l'occasion de son passage à Bordeaux, Olivier Rey a accepté de répondre aux questions du Cercle Politeia. Mathématicien et philosophe, il s'emploie à penser la modernité et ses dévoiements à la lumière de la pensée des Anciens, que ce soit l'omniprésence de la statistique, dans son dernier essai (Quand le monde s'est fait nombre, Editions Stock), la question de la démesure dans les formes d'organisations (Une question de Taille, Editions Stock) ou encore les dérives de la pensée scientifique (Itinéraire de l'égarement, Editions du Seuil). Le Cercle Politeia a voulu le questionner sur ses travaux, ainsi que sur d'autres sujets." Niveau grand public instruit. Durée 7 minutes. Pour voir la vidéo, cliquer sur le titre de l'article. Image: compas géométrique, Musée Galilée, Florence (ca. 1606). Photo: Saliko.

‘L’éthique, c’est bien se comporter dans le monde, mais à partir du moment où ce monde est conçu comme a priori harmonieux, évidemmentpour bien se conduire dans le monde il va falloir tenir compte de cette harmonie du monde qu’on ne doit pas troubler, dans lequel au contraire il faut s’insérer. La pensée médiévale était encore tout à fait imprégnée de cette idée cosmique, mais en revanche, ce qui va se passer avec l’avènement de la modernité de la science moderne, on prend la grande affirmation de Galilée qui dit que le monde est écrit en langage mathématique, là ça va induire un positionnement par rapport au monde chez les scientifiques qui placent d’emblée le monde en dehors du bien et du mal, en dehors de toute considération morale, pour simplement étudier comment il y a des lois mathématiques qui vont relier différents phénomènes. Mais là, il n’y a plus une phrase d’éthique à l’intérieur de la science. Et c’est comme ça que la philosophie va se fragmenter, la philosophie qui se voulait une réflexion générale sur le monde va se fragmenter entre, d’un côté, la science, et puis de l’autre côté ce qu’on va continuer à appeler la philosophie, mais une philosophie qui est amputée de toute sa partie qu’on appelle aujourd’hui scientifique pour se concentrer sur des questions qui lui appartenaient auparavant mais qui étaient en lien avec l’aspect scientifique. Donc ce qui caractérise vraiment l’avènement de la pensée moderne, c’est cette fracture à l’intérieur de la pensée entre d’un côté une pensée qui étudie le monde mais sans jugement de valeur sur lui, et puis de l’autre côté une pensée qui va être celle de […] la valeur.’  Olivier Rey