Expériences de mort imminente – entretien avec Howard Storm (i)

Les récits d'expériences de mort imminente (EMI) peuvent être qualifiés de véritable phénomène de société depuis les premières recherches sur le sujet dans les années 1970 par Raymond Moody et Elisabeth Kübler-Ross. Ayant déjà publié plusieurs articles sur le sujet, nous avons eu l'occasion de réaliser un long entretien audio avec Howard Storm, auteur du livre "Voir Paris et Mourir" ("My Descent into Death: a Second Chance at Life") et l'un des "expérienceurs" les plus connus au niveau international suite à son expérience à Paris en 1985 provoquée par la perforation de son duodénum. Pour écouter l'entretien ou lire la traduction française de la conversation avec Howard Storm, cliquer sur le titre de l'article.

Parmi les milliers de récits d’expériences de mort imminente qu’on peut lire sur internet, celui du Révérend Howard Storm sort du lot même 33 ans après les évènements décrits dans le livre Voir Paris et Mourir (Le Jardin des Livres, Paris, 2010) pour plusieurs raisons.

Le lecteur de Voir Paris et Mourir , dont vous pouvez lire les premiers chapitres en cliquant ici, ne peut qu’être frappé par le niveau exceptionnel de détail qu’on y trouve, y compris une première partie traumatisante (comparable à maints égards à l’expérience du soldat et médecin George Ritchie en 1943 dans le livre Return from Tomorrow, expérience qui avait été le point de départ pour les investigations de Raymond Moody dans l’ouvrage célébrissime La Vie après la Vie sorti en 1975). Même sans rentrer dans une évaluation de contenu supposément religieux du récit de Storm, le niveau de détail présente en lui-même un énigme, étant donné que le déroulement de l’expérience décrite semble complètement incompatible avec le lapsus de 30 minutes seulement entre son début (perte de connaissance à 20h30 le 1 juin 1985 dans l’aile chirurgicale de l’Hôpital Cochin à Paris) et sa fin (réveil à 21h00). La question de savoir si Howard Storm était réellement dans un état de mort clinique n’a pas de grande importance pour l’évaluation de la crédibilité de son histoire (contrairement à celle d’autres cas célèbres tels que l’EMI du neurochirurgien Eben Alexander) – l’affirmation est simplement que, à cause de sa condition physique, il était suffisamment près de la mort pour subir une décorporation, c’est-à-dire d’entrer dans un état de conscience radicalement modifié lui permettant de voir son corps de l’extérieur.

Ensuite – et ici nous confrontons le coeur du problème, ou du mystère, en fonction de notre optique – qu’est-ce qui fait de sorte que quelqu’un ayant déjà connu les travaux de Raymond Moody, mais qui expliquait les EMI d’un point de vue matérialiste comme un phénomène physio-psychologique provoqué par une décharge d’endorphines, a passé les dernières 30 ans années suite à sa propre EMI à dire tout le contraire dans des centaines de présentations (en écoutant les toutes premières de la fin des années 1980, on constate la stabilité du récit à travers les années), même au prix de sa crédibilité académique et la forte opposition de son entourage familial? Nous devons trouver une explication logique pour le fait que cet “expérienceur”, professeur d’art à l’Université du Kentucky du Nord, athée confirmé au moment de son expérience, est sorti de cette EMI non seulement soudainement croyant (devenant par la suite ministre d’une église protestante après un bref passage à l’Abbaye de Gethsemani, monastère où vivait Thomas Merton, où Storm avait l’intention de devenir moine) mais en possession de connaissances théologiques normalement acquises pendant de longues années d’études. Ici toute tentative d’interprétation de cette histoire en termes de la construction d’un narratif par le biais de la projection de croyances préexistentes au sujet de la vie après la mort se trouve face à un obstacle sérieux.

Troisièmement, dans son récit, Storm affirme avoir été le récipient d’un long message/avertissement concernant l’avenir du monde et en particulier des Etats-Unis, dont certains aspects avérés (prédiction de la fin imminente de la Guerre Froide…) ont amené plusieurs commentateurs de parler de précognition ou, utilisant un vocabulaire plus religieux, de prophétie.

Cette dimension nous mène naturellement hors du champ de l’expérience purement personnelle vers des considérations plus générales. Si certains lecteurs/auditeurs resteront sceptiques à cause de leurs convictions scientifiques/philosophiques, ou jugeront cette histoire irrecevable au niveau théologique, d’autres pourraient dire que nous nous trouvons ici au carrefour entre une EMI “classique” correspondant aux critères normatifs de chercheurs tels que Bruce Greyson de l’Université de Virginie (décorporation, rencontre avec un “être de lumière”, revue de vie et retour) et une expérience mystique apparentée à celles associées aux apparitions religieuses affirmées notamment par l’Eglise catholique, telles que celles des enfants portugais à Fatima en 1917 où les visions du Christ de Ste Faustyna Kowalska en Pologne dans les années 1930. C’est d’ailleurs cette convergence inattendue qui semble avoir provoqué un certain engouement du monde catholique pour le récit de ce ministre protestant, engouement documenté notamment par une longue vidéo tournée sous l’égide de l’Archidiocèse de la Nouvelle-Orléans en 2001.

Au cours de cet entretien, nous essayons d’analyser les éléments du récit de Howard Storm en testant les diverses hypothèses “naturelles” pour l’expliquer ainsi que la transformation personnelle dramatique survenue par la suite. S’agit-il d’une hallucination, d’un rêve intense induit par son traumatisme médical, une projection de fantasmes en provenance de son subconscient? Ou…

Comme toujours, pour ceux qui ne sont pas satisfaits par des explications d’ordre matériel, la grande question demeure la même que dans tous les cas de phénomènes inexpliqués par la science, quelle que soit notre interprétation – pourquoi est-ce qu’il y a quelque chose ici plutôt que rien?

Peter Bannister

Dialogue en anglais avec traduction écrite française ci-dessous:

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