La drôle de thérapeute et les drogues pour voir Dieu

Témoignage d'une famille victime d'une «dérapeute» en Hautes-Pyrénées implantée à l'intérieur de l'Eglise catholique qui organisait des voyages en Amérique du Sud pour consommer de l'ayahuasca. '« Quand ils ont vu jusqu'où ça allait, ils m'ont alerté, malgré l'omerta qui leur était imposée. Une nuit, ma fille, qui ne voulait pas se soumettre à la 'dérapeute', s'est évadée. Et puis, mon fils m'a raconté : la confrontation a été jusqu'au contact physique. La pseudo psy se comportait en véritable gourou.[...] Mon aîné m'a dit avoir eu des visions suite à ce traitement. Il avait vu des chauves-souris sortir de ses yeux… Ce à quoi elle avait répondu : 'C'est normal, c'est le mal qui sort de toi'…» Hallucinant, avez-vous dit ? Oui… « car il s'agit de paniquer les gens avec les forces du mal. La thérapie et les drogues modifient leur état de conscience. On peut alors les manipuler à sa guise », explique alors Guy Rouquet qui, depuis des années, dénonce « les charlatans de la santé ».' Article dans La Dépêche, 8 mars 2008, suivi d'un commentaire par Mgr Perrier, évêque de Tarbes-Lourdes. Niveau grand public.

La directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy l’a dit : « Les sectes sont un non-problème en France. » Une déclaration qui aura sans doute touché Sébastien (1) droit au cœur. Parce que lui tente juste de « sauver ses enfants ». Son histoire ? Elle a commencé en 2003… Une famille idéale, la foi en partage avec son épouse, des enfants heureux… Tout allait bien sur la photo, sauf une vieille souffrance dont sa femme voulait se débarrasser par une psychothérapie. « Et au départ, je l’ai accompagnée dans cette démarche. Nous avons donc rencontré cette thérapeute du côté de Saint-Pé », se souvient Sébastien. Une soi-disant psychologue vers laquelle ils allaient en confiance. « C’était une jeune religieuse qui nous avait parlé d’elle. Naviguant dans le milieu catho, la petite sœur m’avait donné confiance. Nous avons donc rencontré cette dame et mon instinct m’a dit ‘non’. J’ai le sentiment qu’elle réglait ses propres comptes et je lui résistais de façon intuitive, mais ma femme a continué à y aller et chaque fois qu’elle revenait, elle affichait une joie exubérante qui pouvait laisser penser que ça lui faisait du bien. »

« dérapeute »

Seulement voilà. La psychothérapeute faisait effectivement partie de ces « dérapeutes » inlassablement dénoncés par Guy Rouquet (voir encadré). Et l’épouse de Sébastien n’a pas résisté à l’engrenage sectaire. Premiers signes ? À la joie artificielle du début « a succédé rapidement l’agressivité lorsqu’elle rentrait de ses séances. Puis sont arrivées les idées noires et surtout de faux souvenirs qu’on lui inculquait et qui aggravaient son cas ». Week-end, vacances scolaires… la mère de leurs enfants s’est mise à déserter systématiquement leur maison. À enchaîner « stage » sur « stage » pour franchir ses « étapes », se « métamorphoser ».

compte à sec

« Jusqu’au jour où le banquier m’a convoqué et où j’ai vu la réalité du compte familial. Nous étions au bord de l’interdit bancaire. Elle sortait régulièrement de grosses sommes en liquide et tapait le compte joint. Je n’avais pas forcément fait le lien entre la gestion de ma femme et les thérapies. Mais ce qui m’a mis définitivement la puce à l’oreille, ça a été un voyage qu’elle a fait avec mon fils aîné. Au retour, il m’a annoncé qu’elle l’avait mis en garde contre moi. Elle tentait à présent de nous séparer. Heureusement, mes aînés, adolescents, ont vu clair », raconte encore Sébastien… qui, grâce à ses enfants, va découvrir l’ampleur des dégâts, ce que cachent les séances du côté de Saint-Pé, du côté de celieu bizarrement hérité d’une communauté religieuse.

hallucinations

« Quand ils ont vu jusqu’où ça allait, ils m’ont alerté, malgré l’omerta qui leur était imposée. Une nuit, ma fille, qui ne voulait pas se soumettre à la ‘dérapeute’, s’est évadée. Et puis, mon fils m’a raconté : la confrontation a été jusqu’au contact physique. La pseudo psy se comportait en véritable gourou. Elle les faisait mettre nu pour des ‘lectures du corps’. Après les avoir fait jeûner, elle les faisait mettre à genou puis leur faisait une ‘fumigation shamanique’ et, évidemment, se servait des jeûnes pour les endoctriner. Mon aîné m’a dit avoir eu des visions suite à ce traitement. Il avait vu des chauves-souris sortir de ses yeux… Ce à quoi elle avait répondu : ‘C’est normal, c’est le mal qui sort de toi’…» Hallucinant, avez-vous dit ? Oui… « car il s’agit de paniquer les gens avec les forces du mal. La thérapie et les drogues modifient leur état de conscience. On peut alors les manipuler à sa guise », explique alors Guy Rouquet qui, depuis des années, dénonce « les charlatans de la santé ». Et autant d’aberrations, de délires, qui font alors que Sébastien s’insurge aussi en tant que croyant.

pas catholique

Car l’autre problème, « c’est que cette ‘dérapeute’se dit catholique et qu’elle prétend sauver l’église catholique par son charlatano-shamanisme », explique-t-il en se rappelant encore que lors d’une de ces fameuses séances de groupe avec purgation commune, « les enfants ont dû vomir ensemble de l’eau de Lourdes ». Lourdes ? Un « gisement qu’elle entendait bien exploiter et pour lequel elle avait pris contact au sommet », résume Sébastien en se souvenant que « certains prêtres ont même servi de rabatteurs, sans le savoir ». Et qui, en attendant qu’un jour la justice se penche sur ce dossier, constate la catastrophe pour sa famille… Puisqu’il a vu finalement son épouse vider les comptes, le contraindre au divorce, quitter le domicile en le laissant seul avec leurs enfants. Et entendu ceux-ci s’interroger : « Comment va-t-on la récupérer si jamais on la récupère un jour ? » Car rien n’est moins sûr, désormais. « Elle vous ment droit dans les yeux » et révèle un ailleurs inquiétant, ce Pérou vers lequel elle voulait emmener les enfants. Vu qu’au-delà de Saint-Pé, ce sont des voyages vers l’Amérique du Sud qui sont organisés par la « dérapeute » et ses complices. Vers des lieux fort bien structurés, où l’on fait prendre aux « patients » de l’ayahuesca. Plante initiatique pour les Amérindiens mais surtout hallucinogène censée purger des démons intimes, « générer la vision de Dieu en soi », telle que vue côté charlatanisme occidental en mal de sorcellerie, de guérisons magiques. Bref, produit classé stupéfiant en France, dont les conséquences n’ont rien de divin sur l’individu. Certains, qui ont fait le voyage, n’en sont jamais mentalement revenus…