Laurent Testot – Cataclysmes, une histoire environnementale de l’humanité

"Cataclysmes, une histoire environnementale de l’humanité. Conférence de Laurent Testot à la Foire Bio & Alternative de Riec-sur-Bélon le 28 avril 2018. Depuis trois millions d’années, l’humanité altère ses milieux. Le phénomène est longtemps imperceptible, jusqu’à l’émergence de civilisations complexes rendues possibles par l’agriculture. Il prend aujourd’hui une ampleur telle que la Terre entière porte l’empreinte de l’humanité. Des chasseurs-cueilleurs à l’Anthropocène, Laurent Testot porte un nouveau regard sur les hasards qui ont transformé l’humain, du singe au demi-dieu. Laurent Testot est journaliste au magazine Sciences Humaines. Spécialisé en histoire, géopolitique et religion, il exerce également comme formateur et guide conférencier. Il a dirigé une douzaine de hors-séries et livres pour Sciences Humaines, notamment : "Histoire globale, un nouveau regard sur le monde" (2008) ; "Une autre histoire des religions" (2010) ; "La Guerre" (avec Jean-Vincent Holeindre, 2012, rééd. 2014) ; "Vers un nouveau monde" (2013) ; "Histoire du Monde" (2014) ; et récemment "Cataclysmes. Une histoire environnementale de l'humanité" (2017)" Source: Association Penn ar Web. Image: l'ancienne Mer d'Aral, Kazakhstan. Photo: Staecker. Pour regarder les vidéos de la conférence et lire des articles connexes, cliquer sur le titre de l'article.

“Singe et Eléphant”

Articles connexes de Laurent Testot

“Le défi de l’Anthropocène”, Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, 2011/12 (N° 25), p. 21-21. https://www.cairn.info/magazine-les-grands-dossiers-des-sciences-humaines-2011-12-page-21.htm

Hier le Politburo soviétique regardait la mer d’Aral s’évaporer au nom de la sacro-sainte productivité. Aujourd’hui nos sociétés semblent se montrer les arguties stérilisant les négociations sur le climat en portent témoignage structurellement incapables de réfléchir à une croissance qui ne soit pas prédatrice de l’environnement… La destruction de notre environnement serait-elle inévitable, par le simple exercice de cette force entropique de l’habitude prise d’exploiter les ressources à notre disposition jusqu’à leur disparition au besoin est  ? Business as usual, le terme est employé par le Giec pour synthétiser les scénarios les plus probables, qui bloqueraient tout processus politique de limitation des atteintes au climat.

“Présentation de Cataclysmes. Une histoire environnementale de l’humanité. http://blogs.histoireglobale.com/presentation-de-cataclysmes_testot_4351

“Depuis quand vit-on en Anthropocène” http://blogs.histoireglobale.com/depuis-quand-vit-on-en-anthropocene_4359

“L’Anthropocène comme storytelling” http://blogs.histoireglobale.com/lanthropocene-comme-storytelling_4366

Ce monde est très confortable pour la moitié de ses habitants, mais par contraste, il offre le visage de l’enfer pour le reste. Et les évolutions contemporaines du Monde poussent à penser que les proportions de gagnants et de perdants vont évoluer dans le mauvais sens.

Que faire ? D’abord répéter ce qui vient d’être dit, l’illustrer, le compléter, le diffuser. En faire prendre conscience : le réchauffement va être infiniment destructeur. Pour notre confort. Pour notre morale. Pour nos civilisations. Il faudra alerter. Par tout média possible. Il faudra agir dans le cadre des institutions existantes, celui des États au niveau global, celui des initiatives citoyennes au niveau local, et celui des ONG au niveau intermédiaire. Il n’y en a pas d’autres, et il est trop tard pour construire d’autres espaces. Si la démocratie échoue à remédier aux problèmes colossaux qui se complexifient chaque jour sous nos yeux, nous entrerons prochainement dans une ère de dictature qui sera présentée comme la seule solution aux problèmes vitaux que notre inconscience aura créé au 20e siècle. La dictature douce commence d’ailleurs, par petites doses d’anesthésie quotidienne : vous accepterez bien qu’on retranche un peu à vos libertés pour rajouter à votre sécurité, qu’on restreigne vos droits si c’est pour déjouer des attentats ?

Il nous faut désormais penser les processus qui nous ont amenés à un Monde où les inégalités explosent, où l’atmosphère est saturée à plus de 410 ppm de CO2, où on trouve du plastique dans n’importe quel prélèvement d’eau douce ou salée, où les perturbateurs endocriniens affectent le développement cognitif et sexuel de nos embryons… Ce monde est riche de conflits dont les derniers siècles n’ont peut-être été que les brouillons. Il faut étudier comment l’Empire ottoman s’est effrité pour mieux comprendre ce qui se joue en Syrie aujourd’hui, ce qui se jouera en Afrique demain.

Retenons l’essentiel : l’Anthropocène est un concept qui permet d’appréhender la totalité des processus affectant aujourd’hui notre planète. Et il y a urgence de penser ces processus globalement, de poser de grands récits qui permettrons de mobiliser l’humanité pour sa survie. Qu’on juge de la variété des termes qu’une recherche Internet permet d’exhumer en synonymes d’Anthropocène, chacun de ces termes débouchant sur un récit, reflétant une facette pertinente de notre présent Anthropocène : Occidentalocène, Capitalocène, Machinocène, Chimicocène, Mégalocène, Industrialocène, Énergitocène, Mégalocène, Molysmocène – que l’on pourrait traduire par l’éloquent Poubellien…

Entretien: http://le-poulailler.fr/2017/10/laurent-testot-cataclysmes-une-histoire-environnementale-de-lhumanite/