L’Eucharistie et la science (i)

Cette semaine le monde catholique est en train de célèbrer le Corps et Sang du Christ réellement présent dans l'eucharistie - notion centrale pour la foi, évidemment irrecevable pour le matérialisme philosophique, sur laquelle les avis des églises chrétiennes se divisent, surtout celles issues de la Réforme du XVIe siècle (où la Présence Réelle fut notamment l'objet d'un âpre débat entre Martin Luther, qui l'affirma, et le réformateur suisse Ulrich Zwingli, qui considéra les éléments eucharistiques comme de simples signes). On pourrait imaginer qu'il s'agit ici d'une querelle entre croyances théologiques en principe irrésoluble par la science, étant donné qu'il serait question de croyances rivales concernant l'action invisible de Dieu, un domaine où il manquerait les données empiriques pour une enquête scientifique selon le célèbre critère poppérien de la falsifiabilité. Du point de vue du dialogue entre science et religion, il est donc intéressant de voir comment l'Eglise catholique a néanmoins engagé des scientifiques par rapport à cette question, estimant que, au contraire, il existe des 'miracles eucharistiques' susceptibles d'une vérification scientifique, c'est-à-dire des cas survenus dans le passé ainsi que de nos jours où l'hostie consacrée dans l'Eucharistie serait devenue – et restée – chair et sang visible. Ce qui constituerait donc un phénomène testable.

En faisant appel à la science pour appuyer le dogme catholique, la démarche de l’Eglise est certes hardie. Elle congédie l’approche à la relation entre science et religion parfois connue sous le célèbre acronyme NOMA (non-overlapping magisteria en anglais) de Stephen Jay Gould, approche selon laquelle foi religieuse et recherche scientifique n’ont aucun point de contact et peuvent donc coexister tranquillement sans se perturber mutuellement. Ici les choses sont claires : face à un phénomène extraordinaire, l’Eglise émet une hypothèse (la transubstantiation) qu’elle essaie de tester scientifiquement. Si c’est une stratégie à haut risque, il faut admettre que l’enjeu pour l’apologétique est considérable: dans l’absence d’explications alternatives, l’authentification d’un seul miracle eucharistique semblerait non seulement valider la position catholique sur la Messe, mais constituerait une preuve (dans la mesure où parler de preuves dans le contexte de la foi religieuse a encore un sens) ou au moins un indice extrêmement fort du bien-fondé de la foi chrétienne plus généralement. On pourrait même dire que la transformation du pain eucharistique en chair humaine serait un argument en faveur du christianisme encore plus fort au niveau logique que les témoignages de divers types et même les affirmations de guérison miraculeuse par la prière, étant donné qu’il est toujours possible de rejeter les témoignages comme subjectifs et de contrer des récits de guérisons en invoquant, comme Jean-Martin Charcot au XIX siècle, ‘La Foi qui guérit’. C’est-à-dire en avançant un schéma explicatif basé sur une argumentation psychosomatique où l’esprit (dans le sens du mot anglais ‘mind’) agirait sur la matière comme dans l’effet placebo. Dans le cas d’une supposée transformation de l’hostie – un objet externe au corps humain -, par contre, de telles explications n’ont évidemment aucune prise sur le phénomène en question. 

Cette question de l’existence de miracles eucharistiques était récemment au cœur du IIIe Colloque International DIMI “Raison Humaine et Science Spirituelle : vers un dialogue complémentaire” au mois d’avril au Guatemala. Ce congrès était organisé par le Dr Ricardo Castañón Gomez, un des principaux chercheurs latino-américains en phénoménologie religieux, avec des interventions entre autres par l’Archévêque d’Athènes et les scientifiques Mauricio Valbuena (CHU de Catalogne) et Marco Luis Blanquicett Anaya (cardiologue colombien). Le choix de thème montre bien la différence entre l’approche anglo-américaine à la question du rapport entre science et foi (centré avant tout autour des questions d’interprétation biblique) et celle favorisée par les pays historiquement catholiques, où c’est plutôt la phénoménologie qui est mise en avant.

Si les vidéos des présentations du Colloque DIMI ne sont pour l’instant disponibles qu’en espagnol, nous voudrions par contre présenter trois cas d’études scientifiques sur des supposés miracles eucharistiques dont les résultats ont été diffusés en français. Le premier, très connu, est celui de Lanciano en Italie, où les reliques de l’évènement survenu au VIIIème siècle ont été assujetties à plus de 500 examens, étant même l’objet d’un communiqué de l’OMS en 1976. Les deux autres eurent lieu tous les deux en Pologne à Sokółka (2008) et Legnica (2013) et furent officiellement ratifiés par les autorités diocésaines suite à des enquêtes en laboratoire.

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Vidéo (espanol): “Est-il possible de trouver du sang dans une Hostie Consacrée? – Explication médicale”


“Un coeur humain dans une Hostie Consacrée – Explication cardiologique”