Medjugorje, le Pape et la science

Dans le monde catholique, peu de mots sont aussi susceptibles de déchaîner les passions que 'Medjugorje', le nom du village en Bosnie visité par des dizaines de millions de pèlerins attirés par les supposées apparitions de la 'Gospa', la Vierge Marie, depuis 1981 jusqu'à nos jours. Objet d'une grande dévotion pour certains et de dénonciations féroces pour d'autres, dont notamment l'évêque local, Medjugorje a fait couler beaucoup d'encre au cours de ce mois de mai pour plusieurs raisons. D'abord suite à la conférence de presse donnée par le Pape François dans l'avion en revenant du Portugal après la commémoration du centenaire des apparitions de Fatima. Interrogé sur son avis par rapport à Medjugorje, le Pape exprima à la fois sa reconnaissance pour le rapport de la Commission présidée par le Cardinal Ruini sur les apparitions, son estime pour les fruits pastoraux observés en Bosnie, mais également son scepticisme au sujet des voyants censés encore voir la 'Gospa' de manière régulière 36 ans après leurs premières expériences mystiques (le Pape révélà d'ailleurs l'existence d'une certaine tension interne à Rome entre la Commission Ruini et les membres de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi). Le second coup de théâtre fut la publication par le journal italien La Stampa d'un article par le célèbre vaticaniste Andrea Tornielli avec des détails concernant les conclusions de l'équipe du Cardinal Ruini, dont les membres auraient voté 13-1 en faveur de l'origine surnaturelle des 7 premières apparitions en 1981, leurs avis étant cependant partagés quant à l'évaluation de l'authenticité des apparitions actuelles. En même temps l'envoyé officiel du Vatican à Medjugorje, l'archévêque polonais Henryk Hoser, généralement considéré comme étant très favorable à l'authenticité des apparitions, a déclaré que son rapport basé sur son travail pastoral sur le terrain sera livré avant la fin du mois de juin 2017. Si sciencesetreligions.com s'intéresse à ce qui se passe dans le cas de Medjugorje, c'est entre autres parce que ces apparitions alléguées sont les premières dans l'histoire à avoir été l'objet de rigoureuses études scientifiques avec le déploiement de tout l'appareillage des neurosciences. Le débat actuelle nous fournit donc une occasion pour revenir cette interaction expérimentale entre science et religion en reproduisant les conclusions des diverses équipes scientifiques ayant enquête le cas de Medjugorje. (Photo: gnuckx)

Dans le monde catholique, peu de mots sont aussi susceptibles de déchaîner les passions que ‘Medjugorje’, le village en Bosnie visité par des dizaines de millions de pèlerins attirés par les supposées apparitions de la ‘Gospa’, la Vierge Marie, depuis 1981 jusqu’à nos jours. Objet d’une grande dévotion pour certains et de dénonciations féroces pour d’autres, dont notamment l’évêque local, Medjugorje a fait couler beaucoup d’encre au cours de ce mois de mai pour plusieurs deux raisons. D’abord suite à la conférence de presse donnée par le Pape François dans l’avion en revenant du Portugal après la commémoration du centenaire des apparitions de Fatima. Interrogé sur son avis par rapport à Medjugorje, le Pape exprima à la fois sa reconnaissance pour le rapport de la Commission présidée par le Cardinal Ruini sur les apparitions, son estime pour les fruits pastoraux observés en Bosnie, mais également son scepticisme au sujet des voyants censés encore voir la ‘Gospa’ de manière régulière 36 ans après leurs premières expériences mystiques (le Pape révéla d’ailleurs l’existence d’une certaine tension interne à Rome entre la Commission Ruini et les membres de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi). Le second coup de théâtre fut la publication par le journal italien La Stampa d’un article par le célèbre vaticaniste Andrea Tornielli avec des détails sur les conclusions de l’équipe du Cardinal Ruini, dont les membres auraient voté 13-1 en faveur de l’origine surnaturelle des 7 premières apparitions en 1981, leurs avis étant cependant partagés quant à l’évaluation de l’authenticité des apparitions actuelles. En même temps l’envoyé officiel du Vatican à Medjugorje, l’archévêque polonais Henryk Hoser, généralement considéré comme étant très favorable à l’authenticité des apparitions, a déclaré que son rapport basé sur son travail pastoral sur le terrain sera livré avant la fin du mois de juin 2017.

Si sciencesetreligions.com s’intéresse à ce qui se passe dans le cas de Medjugorje, c’est entre autres parce que ces apparitions alléguées sont les premières dans l’histoire à avoir été l’objet de rigoureuses études scientifiques avec le déploiement de tout l’appareillage des neurosciences. Le débat actuelle nous fournit donc une occasion pour revenir cette interaction expérimentale entre science et religion en reproduisant les conclusions des diverses équipes scientifiques ayant enquête le cas de Medjugorje.

Les questions sous-jacentes sont évidemment multiples: 

– Qu’est-ce que la science peut établir par rapport à l’expérience religieuse en général et l’expérience mystique en particulier? 

– Est-ce que cette expérience est par nature uniquement subjective et donc inaccessible pour la science? Est-ce qu’on se trompe de registre en parlant de preuves scientifiques dans le domaine de la foi? Est-ce une enquête dite rationnelle se réduit obligatoirement aux données fournies par les sciences “dures” qui constitueraient l’unique base valable d’une évaluation logique (comme prétend le positivisme), tout le reste n’étant qu’intuition, impressions subjectives ou foi aveugle? Ou bien est-ce que nous avons d’autres outils (tels que la logique déductive mise en avant par la philosophie analytique) susceptibles de nous aider à juger dans un cas comme celui de Medjugorje? La foi religieuse possède-t-elle sa propre forme de rationalité impliquant inévitablement le sujet, une rationalité plutôt apparentée à la notion de la connaissance tacite/personnelle chez l’épistémologue hongrois Michael Polanyi (1891-1976)? 

– Même en reconnaissant ses limites, l’étude scientifique peut-elle néanmoins être utile pour écarter certaines hypothèses (fraude, folie…) à travers une analyse des états du cerveau chez les supposés voyants et d’autres tests neuro-physiologiques?

– Est-ce que l’application stricte d’une méthodologie proprement scientifique peut donner des indices de quelque chose qui la dépasse, ce que les traditions religieuses nommeraient la transcendence? Et quel serait le poids épistémologique de ces indices? 

– Si le Vatican se prononce finalement contre l’authenticité des ‘apparitions’ postérieures à 1981 malgré les conclusions des équipes scientifiques par rapport à la persistance de la phénoménologie extatique (affirmée en 1998 par le groupe de travail ‘Medjugorje 3’ sous la direction du P. Andreas Resch), quelle explication donner à ces phénomènes? Et quelles pourraient les implications pour la poursuite des tentatives de collaboration entre science et théologie?

Peter Bannister


Conclusions des recherches psychophysiologiques et psychodiagnostiques effectuées à Medjugorje en 1998.

La recherche psychophysiologique a été effectuée sur quatre états de conscience : état d’éveil; état modifié de conscience (hypnose avec la provocation de l’état d’extase); état de visualisation des images mentales; état modifié de conscience (défini comme extase de l’apparition).’Les recherches effectuées ont démontré que la phénoménologie extatique peut être comparée à celle de 1985, mais d’une intensité quelque peu inférieure. La provocation hypnotique de l’état d’extase n’a provoqué aucune phénoménologie des expériences spontanées, et c’est pourquoi on peut conclure que les états d’extase des apparitions spontanées n’ont pas été des états de transe hypnotique.’

Commission internationale franco-italienne scientifique et théologique « Sur les événements extraordinaires qui se déroulent à Medjugorje »

La commission qui a examiné les événements de Medjugorje avec la plus grande compétence et expertise était une commission internationale franco-italienne scientifique et théologique « sur les événements extraordinaires qui se déroulent à Medjugorje ». Les recherches de cette équipe, composée de dix-sept experts en sciences naturelles, de médecins, de psychiatres et de théologiens, ont abouti le 14 janvier 1986, à Paina près de Milan (Italie), à une conclusion en 12 points :

  1. Les tests psychologiques permettent d’exclure avec certitude toute illusion ou supercherie chez les voyants individuellement et ensemble.
  2. Les examens médicaux, les tests, les observations cliniques etc., permettent d’exclure toute possibilité d’hallucinations pathologiques chez les voyants individuellement et ensemble.
  3. Les recherches effectuées préalablement permettent d’exclure une interprétation purement naturelle des manifestations dont il est question chez les voyants individuellement et ensemble.
  4. Les informations et les observations qui peuvent être documentées permettent d’exclure la possibilité que ces manifestations soient d’ordre hors-naturel, c’est à dire sous influence diabolique, chez les voyants individuellement et ensemble.
  5. Les informations et les observations qui peuvent être documentées permettent d’affirmer qu’il y a une correspondance entre ces manifestations et celles généralement décrites dans la théologie mystique.
  6. Les informations et les observations qui peuvent être documentées permettent de dire que les voyants progressent au plan spirituel, ainsi que dans les vertus théologales et morales, depuis le début de ces manifestations jusqu’à aujourd’hui.
  7. Les informations et les observations qui peuvent être documentées permettent d’exclure que les enseignements ou le comportement des voyants aient jamais été en nette contradiction avec la foi et la morale chrétiennes.
  8. Les informations et les observations qui peuvent être documentées nous permettent de parler de bons fruits spirituels dans le peuple impliqué dans l’action surnaturelle de ces manifestations et attiré par elles.
  9. Après plus de quatre ans, à la suite de ces manifestations, divers courants et mouvements sont nés à Medjugorje. Ils ont une influence sur le peuple de Dieu dans l’Église, influence qui s’accorde parfaitement à la doctrine et à la morale chrétiennes.
  10. Après plus de quatre ans, on peut parler de fruits spirituels permanents et objectifs, fruits portés par les mouvements nés à Medjugorje.
  11. Il est possible d’affirmer que toutes les initiatives bonnes et spirituelles de l’Église, en parfait accord avec l’authentique Magistère de l’Église, trouvent un support dans les événements de Medjugorje.
  12. Par conséquent, on peut conclure que, après un examen approfondi des protagonistes, des faits et de leurs effets, non seulement dans le cadre local, mais également par rapport aux échos retentissant dans l’Église universelle, il est bon pour l’Église de reconnaître l’origine surnaturelle et donc la finalité des événements de Medjugorje.

Jusqu’à présent, c’est la recherche la plus consciencieuse et la plus complète des phénomènes de Medjugorje, et de ce fait la plus positive du point de vue scientifique et théologique.

Equipe d’experts français dirigée par le professeur Henri Joyeux

D’autre part, un travail très sérieux de recherche sur les voyants a été entrepris par une équipe d’experts français dirigée par le professeur Henri Joyeux. À l’aide de l’équipement et des compétences les plus modernes, cette équipe a examiné les réactions intérieures des voyants avant, pendant et après l’apparition, ainsi que la synchronisation de leurs réactions au niveau oculaire, auditif, cardiaque et cérébral. Les résultats obtenus par cette commission sont très significatifs. Ils ont démontré que l’objet de l’observation se trouve à l’extérieur des voyants et que toute manipulation externe ou toute entente entre les voyants sont exclues. Les résultats des electroencéphalogrammes individuels et d’autres réactions ont été rassemblés, traités et publiés dans un ouvrage. (H. Joyeux – R. Laurentin, Études médicales et scientifiques sur les apparitions de Medjugorje, Paris 1986)

Les résultats de ladite commission ont confirmé les conclusions de la commission internationale et ont prouvé que les apparitions dont témoignent les voyants constituent un phénomène qui dépasse la science moderne et qui, selon toutes les indications, se situe à un autre niveau.

Institut pour les domaines limitrophes de la science (IGW) – Innsbruck
Centre d’études et de recherches psychophysiques de l’état de la conscience -Milan
Ecole Européenne de psychothérapie et d’hypnose (AMISI) – Milan
Centre de parapsychologie – Bologne

A la demande du Bureau Paroissial de Medjugorje, des recherches psychophysiologiques et psychodiagnostiques ont été effectuées sur les sujets connus depuis 1981 comme étant les voyants du groupe de Medjugorje.

Les recherches ont été effectuées en quatre étapes :

  • La première recherche a été effectuée les 22 et 23 avril 1998 à la « Maison des rencontres chrétiennes » des pères dehonians à Capiago Intimiano (Como). Les examens ont été menés sur Ivan Dragićević, Marija Pavlović-Lunetti et Vicka Ivanković.
  • La deuxième recherche a été effectuée les 23 et 24 juillet 1998 à Medjugorje. Les examens ont été menés sur Mirjana Soldo-Dragićević, Vicka Ivanković et Ivanka Elez-Ivanković.
  • La troisième recherche, uniquement psychodiagnostique, a été menée par la psychologue canadienne Lori Bradvica, en collaboration avec le père Ivan Landeka, sur Jakov Čolo.

La quatrième recherche consistant en enregistrements psychophysiologiques a été effectuée le 11 décembre 1998 dans la même « Maison des rencontres chrétiennes » des pères dehonians à Capiago Intimiano (Como) sur Marija Pavlović.

Certaines recherches psychophysiologiques n’ont pas pu être menées dans leur intégralité en raison de la coopération partielle de certains sujets qui ne se sont pas soumis aux demandes du groupe de travail, soit à cause de leurs obligations familiales ou sociales, soit à cause de leur réserve personnelle, bien que le père Slavko Barbarić et le père Ivan Landeka les y avaient encouragés, sans influencer le programme du groupe de travail. Ce groupe de travail a été appelé « Medjugorje 3 » pour diverses raisons : mis à part les recherches médicales ou psychologiques entreprises individuellement, cette recherche a été précédée par deux groupes de travail : un groupe de médecins français en 1984 et un groupe de médecins italiens en 1985. En outre, en 1986, trois psychiatres européens avaient fait une recherche psychiatrique diagnostique.

Le groupe de travail « Medjugorje 3 » comptait :

  • P. Andreas Resch, théologien et psychologue de l’Institut pour les domaines limitrophes de la science, Innsbruck, coordinateur général
  • Dr Giorgio Gagliardi, médecin psychophysiologue du Centre d’études de l’état de la conscience, Milan, membre du corps professoral de l’Ecole européenne Amisi, Milan, et du Centre de parapsychologie, Bologne
  • Marco Margnelli, médecin psychologue et neurophysiologue du Centre d’études de l’état de la conscience, Bologne, membre du corps professoral de l’Ecole européenne Amisi, Milan, et du Centre de parapsychologie, Bologne
  • Dr Mario Cigada, médecin, psychothérapeute et ophtalmologue, membre du corps professoral de l’Ecole européenne Amisi, Milan
  • Dr Luigi Ravagnati, neurochirurgien, assistant en neurochirurgie à l’université de Milan, membre du corps professoral à l’Ecole européenne pour la psychothérapie hypnotique Amisi, Milan
  • Dr Marianna Bolko, médecin en psychiatrie et psychanalyste, chargé de cours en spécialisation en psychothérapie à l’université de Bologne
  • Dr Virginio Nava, psychiatre, médecin en chef de l’hôpital psychiatrique de Côme
  • Dr Rosanna Constantini, psychologue, chargé de cours à l’université Auxilium à Rome
  • Dr Fabio Alberghina, médecin interne
  • Dr Giovanni Li Rossi, gynécologue à l’hôpital de Varese, spécialisation en psychothérapie hypnotique à Amisi à Milan
  • Dr Gaetano Perriconi, médecin interne à l’hôpital FBF à Erba/Côme
  • Dr Massimo Pagani, médecin interne, professeur en médecine interne à l’université de Milan
  • Dr Gabriela Raffaelli, secrétaire scientifique
  • Fiorella Gagliardi, secrétaire assistante.

A l’aide de tests suivants nous avons examiné la situation psychophysiologique et psychologique actuelle :

  • anamnèse personnelle
  • anamnèse médicale
  • MMPI,EPI, MHQ, test de l’arbre, test de la personne, matrices de Raven, test de Rorschach, test de la main, test de vérité et de mensonge selon Valsecchi
  • examen neurologique
  • polygraphie informatique (activité électrique de la peau, plétismographie – activité cardiaque capillaire périphérique et fréquence cardiaque, pneumographie costale et diaphragmatique) pendant l’expérience de l’apparition, pendant la provocation du souvenir de l’apparition sous hypnose et pendant la visualisation guidée
  • enregistrement dynamique de la pression artérielle selon Holter
  • enregistrement dynamique de l’ECG et du respirogramme selon Holter
  • réflexes pupillaires (photomoteur) et réflexe amicamenteux
  • enregistrements vidéo
  • photographies.

Les voyants se sont soumis à tous ces tests en pleine liberté, disponibilité et coopération.

Il résulte de ces recherches psycho-diagnostiques :

Sur une période de 17 ans, depuis le début de leurs expériences lors des apparitions, les sujets ne manifestent pas de symptômes pathologiques comme troubles de transe, troubles dissociatifs, troubles de perte de réalité.

Tous les sujets examinés ont manifesté des symptômes concernant les réactions d’un stress justifié, provoqué par la stimulation émotionnelle exogène et endogène, conséquence de leur vie quotidienne.

Il résulte des entretiens personnels que l’état modifié de conscience, initial et postérieur, est provoqué par des expériences extraordinaires qu’ils ont reconnu et défini et continuent à définir comme vision/apparition de la Gospa.

Les recherches psychiatriques et psychologiques sur les sujets dont le but était de définir les caractéristiques personnelles des sujets ne peuvent être publiées, car elles relèvent de la protection des informations personnelles.

La recherche psychophysiologique a été effectuée sur quatre états de conscience :

  • état d’éveil
  • état modifié de conscience (hypnose avec la provocation de l’état d’extase)
  • état de visualisation des images mentales
  • état modifié de conscience (défini comme extase de l’apparition).

Le but en a été de vérifier si l’état extatique de l’apparition, enregistré déjà en 1985 par le groupe de travail de médecins italiens, est encore présent, ou bien il y a eu des modifications. Il fallait également examiner d’éventuelles coincidences/divergences avec d’autres états de conscience comme la visualisation guidée ou l’hypnose.

Les recherches effectuées ont démontré que la phénoménologie extatique peut être comparée à celle de 1985, mais d’une intensité quelque peu inférieure.

La provocation hypnotique de l’état d’extase n’a provoqué aucune phénoménologie des expériences spontanées, et c’est pourquoi on peut conclure que les états d’extase des apparitions spontanées n’ont pas été des états de transe hypnotique.

Article connexe: Daria Klanac, “Le diagnostic des équipes compétentes”

Vidéo: Medjugorje au banc d’essai de la science