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Le mystère des stigmates (iii) - critères d'évaluation - Sciences & Religions

Le mystère des stigmates (iii) – critères d’évaluation

Face aux phénomènes allégués dans les deux cas de Marthe Robin et d’Alexandrina Maria da Costa (mais auxquels on pourrait rajouter d’autres stigmatisés tels que le Padre Pio, Thérèse Neumann, la syrienne Myrna Nazzour ou le moine italien Elia Cataldo, pour nous limiter à l’époque moderne), il peut être intéressant de dresser une typologie de […]

Face aux phénomènes allégués dans les deux cas de Marthe Robin et d’Alexandrina Maria da Costa (mais auxquels on pourrait rajouter d’autres stigmatisés tels que le Padre Pio, Thérèse Neumann, la syrienne Myrna Nazzour ou le moine italien Elia Cataldo, pour nous limiter à l’époque moderne), il peut être intéressant de dresser une typologie de réponses possibles:

CATEGORIE 1 : REACTIONS A PRIORI SANS LIEN AVEC LES DETAILS DE L’ENQUETE

  1. Indifférence, estimant que les phénomènes n’ont aucune portée ni intérêt potentiel qui mériterait une investigation sérieuse (« circulez, il n’y a rien à voir »).
  2. Acceptation des phénomènes religieux au premier degré et sans étude critique, estimant que toute enquête poussée relève d’un intellectualisme incompatible avec une foi religieuse authentique qui devrait être basée sur la confiance aveugle (fidéisme).
  3. Hostilité par principe pour des raisons idéologiques (exemples: les écrits d’Emile Zola contre Lourdes, ou le scientisme militant). Recherche d’explications réductrices en invoquant la psychopathologie religieuse, hypothèse capable d’englober tout phénomène mystique sans exception.
  4. Hostilité par principe en partant de présupposés métaphysiques ou philosophiques, par exemple en faisant appel aux célèbres écrits sur les miracles du philosophe David Hume : « Hume nous a démontré philosophiquement que les miracles n’ont jamais lieu, alors il n’y a pas de miracle ici », ou en disqualifiant tout témoignage comme élément valable d’une évaluation critique (c’est notamment l’approche d’un Richard Dawkins dans le livre Unweaving the Rainbow (Houghton Mifflin Harcourt, 1998) par rapport au « Miracle du soleil » à Fatima du 13 octobre 1917).
  5. Hostilité par principe pour des raisons théologiques (de la part de ceux qui admettent l’existence de miracles plus généralement), estimant qu’on doit refuser d’admettre des miracles de ce genre, voir les attaquer comme « diaboliques » a) parce que l’âge des miracles se termina avec la mort du dernier apôtre (argument trouvé quelquefois chez des théologiens réformés) b) parce que la validation de tels cas mettrait en péril la théologie spécifique d’un courant ecclésial donné (raisonnement sous-tendant les objections de certains églises radicalement anti-catholiques) c) parce que l’admission d’exemples d’action surnaturelle directe rendrait Dieu responsable pour son inaction lors du Shoah, des catastrophes naturelles etc. (argument avancé par Philip Clayton et Steven Knapp dans le livre The Predicament of Belief (OUP, 2011) d) parce que l’acceptation des mystiques modernes encouragerait une piété démodée/sentimentale/doloriste qui nous choque intellectuellement, que nous estimons nocive pour les fidèles ou qui pourrait mettre en danger le dialogue entre science et foi.
  6. Agnosticisme radical, partant de l’idée que la question de l’authenticité des phénomènes est par nature impossible à résoudre (ce genre d’argument peut aussi être avancé pour des raisons supposément religieuses, en disant que toute preuve inattaquable de l’existence de Dieu serait automatiquement fausse, car elle éliminerait le besoin de la foi).

CATEGORIE 2 : REACTIONS APRES CONSIDERATION DES RESULTATS DE L’ENQUETE

  1. Scepticisme par précaution, estimant que l’enjeu est trop important pour admettre des miracles sans évidence scientifiquement indiscutable (l’approche d’un Carl Sagan : « des affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires » [extraordinary claims demand extraordinary evidence]), ou en faisant le calcul qu’il est moins dangéreux de passer à un côté d’un vrai que d’accepter un faux miracle (approche mixte qui accepte la nécessité de l’enquête mais qui reste néanmoins conditionnée par des jugements a priori).
  2. Agnosticisme scientifique, admettant l’existence de phénomènes inexplicables pour la science, mais arrêtant l’enquête à ce point-là sans vouloir spéculer sur d’autres causes possibles qui se trouveraient au-delà des limites de la science expérimentale (en estimant que des approches telles que la philosophie analytique n’offrent pas d’autres ressources pour résoudre les énigmes en question). Cette approche peut être corrélée avec une épistémologie néo-kantienne supposant une séparation radicale entre phénomènes et noumènes.
  3. Approches prêtes à accorder une signification aux phénomènes pour les individus concernés, mais uniquement au niveau de leur expérience subjective et non-transmissible (un peu comme les récits d’expériences de mort imminente), en mettant toute implication théologique plus générale dans l’epoché phénoménologique. Pour cette approche, les mystiques ont bien leur vérité à eux, mais ce serait une erreur de vouloir en tirer des conclusions à portée universelle (exemple : la position du philosophe des sciences Michel Bitbol par rapport aux EMI).
  4. Scepticisme méthodologique (reconnaissant la nécessité de la recherche préalable de causes naturelles, dont la supercherie et l’auto-suggestion, avant d’évoquer l’hypothèse d’une cause surnaturelle ou une explication d’ordre parapsychologique), mais sans présupposés métaphysiques qui élimineraient d’office la possibilité d’actions divines directes, et en estimant que la raison est malgré tout capable d’arriver à une évaluation fiable si nous persistons suffisamment longtemps avec l’enquête pour recueillir un maximum d’éléments. La possibilité d’en tirer des conclusions générales pour la théologie dépendrait de ces éléments.  Ceci représente plus ou moins l’attitude de l’Eglise catholique.

Voici donc une liste (certes non-exhaustive) des réactions possibles au cas de Marthe Robin, Alexandrina Maria da Costa et d’autres Padre Pio. Il devrait être claire que nous estimons que les positions dans la catégorie 2 sont logiquement supérieures que celles de la catégorie 1, parce que des approches qui refusent d’entamer une enquête en raison de certains présupposés oublient la possibilité que les résultats de l’enquête pourraient nous amener à réviser, voire abandonner ces mêmes présupposés. C’est donc entre les positions dans la deuxième catégorie qu’un débat sérieux et responsable pourra être engagé. Maintenant, aux lecteurs de jouer !

(Image: Maestro di Staffolo (ca. 1420), St François reçoit les stigmates)