Le mystère des stigmates – Marthe Robin (1902-1981)

Parmi les phénomènes qui posent le plus de problèmes pour une vision purement matérialiste du monde se trouve celui de la stigmatisation de dizaines de femmes et d'hommes (allant de St François d'Assise au Padré Pio en passant par Louise Lateau, Ste Gemma Galgani ou Thérèse Neumann) à travers les siècles, chez qui des plaies correspondant à celles attribuées à Jésus lors de sa Passion semblent apparaître et parfois aussi disparaître de manière scientifiquement inexpliquée. En France, le cas le plus célèbre est sans doute celui de Marthe Robin (1902-1981), fondatrice des Foyers de Charité, consultée par plus de 100 000 personnes dans sa chambre à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) et déclarée "Vénérable" par le Vatican en 2014 après avoir été l'objet d'un dossier compilé au niveau diocésain entre 1988 et 1996 de quelques 17 000 pages. Selon les témoignages, les phénomènes associés avec Marthe Robin ne se limitaient d'ailleurs pas à ses stigmatisations hebdomadaires entre 1930 et 1981, mais incluaient également l'inédie (en raison de la paralysie de ses voies digestives Marthe ne consommant aucune nourriture sauf l'Eucharistie pendant plusieurs décennies), la précognition et la connaissance d'évènements à distance. Pour voir notre dossier sur ce personnage hors du commun, cliquer sur le titre de cet article.

Introduction à la vie de Marthe Robin

 

Journal de Marthe Robin, 1929-1932: texte intégral consultable en ligne – cliquer ici

Les stigmatisations de Marthe Robin

Article: Frédéric Le Gal, “Stigmates: la “maladie” des cinq plaies”, L’information psychiatrique 2007/8 (Vol. 83), p. 667-670.

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Dossier de presse des Foyers de Charité, La Flatière

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Témoignages: Jean Guitton de l’Académie Française

Entretien avec Bernard Pivot (1985) sur la relation entre Raison et Foi (vidéo de l’INA): 8 minutes

http://www.ina.fr/video/CPB85103979

“Temoignage d’un psychiatre”: entretien avec le Dr Alain Assailly, médecin traitant de Marthe Robin, « La France Catholique »n°2573 – 30 novembre 1996

Emission TF1 Mystères n.2 (1992)

La partie consacrée à Marthe Robin commence à 1:13:00. Présentation vidéo suivie par un débat entre Jean Guitton, Alain Assailly et Gonzague Mottet, psychiatre, auteur de l’étude Marthe Robin la stigmatisée de la Drôme (Erès, Toulouse, 1989) basée sur sa thèse de médecine, dans laquelle il essaie d’expliquer le parcours de Marthe comme celui d’une “conversion hystérique”). Emission historique dont voici la transcription de quelques fragments:

Alexandre Baloud, présentateur [AB]: Autour de moi, le Dr Alain Assailly, neuropsychiatre, médecin traitant de Marthe qu’il a suivie pendant 30 ans, le professeur Jean Guitton de l’Académie Française […], qui a consacré un ouvrage à Marthe Robin, qui l’a vue des dizaines et dizaines de fois, en tout une quarantaine d’heures, et puis un autre médecin, qui lui n’a jamais rencontré Marthe Robin…

Gonzague Mottet [GM]: Non, je n’ai jamais rencontré Marthe Robin
AB: Gonzague Mottet, qui a consacré sa thèse…
GM: Une thèse de médecine
AM: à Marthe Robin, et qui a voulu l’aborder, lui, en homme de science. Mais vous êtes bien d’accord avec nous tous qu’il n’y a aucune superchérie dans la vie de Marthe Robin?
GM: Je crois que dans la vie de Marthe Robin, le problème ne se pose pas en superchérie ou pas superchérie…
AB: Je vous pose une question simple: Quand on dit qu’elle ne mangeait pas, qu’elle ne buvait pas, qu’elle ne dormait pas, vous êtes d’accord, elle ne trichait pas? Elle n’a pas pu duper des milliers et des milliers de personnes pendant si longtemps?
GM: Le problème de l’alimentation est un problème difficile, parce que le problème de l’alimentation n’a jamais été concrètement vérifié, médicalement authentifié par une observation sur un très long terme. Il est vrai que, probablement, si elle mangeait, ce ne devait pas être grand-chose, elle devait manger très peu, comme le font beaucoup de mystiques. Est-ce qu’elle ne mangeait vraiment absolument rien, cela je ne peux pas dire, je n’en sais rien.
AB: Vous n’arrivez pas à y croire, mais un autre docteur en face de vous, le Dr Assailly, je me demande s’il n’était pas prêt à bondir en vous entendant – pour vous c’est clair, vous ne pouvez pas l’expliquer non plus.
Alan Assailly [AA]: Il faut que nous nous entendions à ce sujet. C’était un être incarné. Alors si vous me permettez en deux minutes, je l’ai examinée pour la première fois en 49, et j’ai fait ma petite enquête. Je crois absolument que pendant 50 ans elle n’a ni mangé, ni bu. Pour ce qui était de boire, on lui donnait une cuillère à café d’eau, il n’y avait pas de nausées, elle ressortait par les narines. Alors c’est vrai que, pour déssecher ses lèvres… Elle recevait, elle recevait beaucoup […] elle partageait le trésor qu’elle avait reçu avec des milliers et des milliers de personnes, et là, en effet, il ne pouvait pas y avoir de superchérie, vous pensez bien.
AB: C’est-à-dire que vous n’avez pas d’explication médicale, et personne n’en a… une explication physiologique.
AA: Je ne fermerai pas complètement… je vous le cite en deux mots, ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’en 1953, quand j’ai eu à examiner précisément sa plaie sur mammaire gauche qui saignait terriblement, et qui irradiait une chaleur extraordinaire, c’est vraiment extrêmement étrange, la main placée à 20 cm perçoit de la chaleur qui n’est pas du tout celle d’un fiévreux, c’est tout à fait autre chose. Alors au cours de sa Passion, au moment du portement de Croix, c’était vraiment très émotionnant, je dis franchement qu’elle n’avait rien d’hystérique, mon cher confrère, parce qu’elle aurait joué la comédie – elle ne jouait pas, absolument pas. Il y avait des soupirs, des grincements[?], mais incroyables. Alors nous étions quatre dans cette toute petite chambre, et j’ai perçu que, mon Dieu, elle risquait une syncope, et j’ai dit au Père Finet: “mais ça ne va pas”. On voyait la tonalité des expressions qui bassait, baissait. Alors il m’a dit: “mais nous sommes trop nombreux”, et il a ouvert la fenêtre toute grande, et il a ventilé avec une espèce d’instrument qu’il a trouvé sous le lit pour battre les tapis, et au bout d’une minute on a vu l’intensité qui revenait. A ce moment là, que me suis-je dit? “Mais là, tu as la preuve que, si elle ne mange pas et ne boit pas de vie […], elle a besoin d’air. Quand même, enfin […] on me dirait aujourd’hui qu’elle puise l’azote de l’air qu’elle transforme en viande, je dirais qu’après tout, pourquoi pas? Mais là nous sommes très très loin du vrai mystère et du vrai trésor de Marthe.
AB: Vous, Gonzague Mottet, qui entre parenthèses avez dit être croyant, c’est-à-dire que vous refusez dans cette expérience prodigieuse et étonnante de Marthe la dimension spirituelle?
MG: J’y vois une autre dimension, j’y vois une dimension humaine, personnelle et pulsionnelle. C’est-à-dire je crois que, quand on parle d’hystérie, l’hystérie, c’est quelque chose de négatif. Or, qu’est-ce que c’est si ce n’est qu’une simple névrose? Or 90% de la population est structuré sur un mode névrotique…
AB: Et pourquoi une grande mystique ne serait pas une névrosé?
GM: C’est ce que je suis en train de vous dire. […] Quand on parle d’hystérie, on parle de simulation. Voilà – pour vous l’hystérie est quelque chose qui est forcément une simulation…
AB: Il va falloir vous donner une autre émission, parce que les deux médecins, c’est très intéressant, mais si vous commencez à vous opposer… Moi, je voudrais…
AA: Mais on ne peut pas quand même tout escamoter. Le noyau mental de l’hystérique, mythomanie…
GM: Vous raisonnez au niveau clinique alors je crois que le problème c’est dans une psychodynamique. C’est-à-dire que si on voit la vie de Marthe…
AA: […] les psychanalystes me paraissent être au fond les spéléologues de l’inconscient dont les vues sur les cimes sont un peu limitées. Je ne prétends pas les avoir escaladées.
AB: Ecoutez, vous poursuivrez tous les deux, parce que cela peut durer très longtemps. Le professeur Jean Guitton dans son livre sur Marthe Robin dit quelque chose qui, moi, m’a frappé. Il s’interroge sur la nécessité qu’il y aura en quelque sorte à atteindre un état de délabrement physique dans les fonctions vitales quotidiennes d’adaptation à l’existence pour permettre à la pensée d’atteindre le sommet de la spiritualité.
Jean Guitton [JG]: Mais si vous me permettez de parler de Marthe Robin, je l’ai envisagée du point de vue qui est le mien, c’est-à-dire du point de vue religieux et du point de vue philosophique et mystique. Je voudrais d’abord dire quelque chose concernant le rapport de Marthe Robin avec moi dans ma propre vie, car qu’on est arrivé comme moi à la fin de son existence – je vous rappelle que j’ai 91 ans, par conséquent je suis probablement le plus ancien de toute cette noble assemblée – j’ai 91 ans, et je me demande, à la veille de mourir, quel est l’être, quelle est la personne qui a eu sur moi la plus grande influence au point de vue philosophique, au point de vue intérieur, au point de vue quotidien, eh bien, je trouve que cette personne s’appelle Marthe Robin. Par conséquent, je l’envisage de ce point de vue-là, et je vais vous raconter tout de suite quelque chose de très curieux. Un jour, je parlais avec – je ne sais pas si vous le connaissez – le Cardinal Daniélou, qui était un des plus grands catholiques, si on peut dire, de ce siècle. Et nous nous demandions, Daniélou et moi, quelle était la personne la plus extraordinaire du XXe siècle. Et comme Daniélou avait avec raison une très grande admiration pour le Général de Gaulle, qu’il voulait même faire canoniser, puisque le Général aurait beaucoup plus mérité que Charlemagne d’être canonisé, comme Daniélou avait une très grande admiration pour le Général de Gaulle, je lui disais: “évidemment, Eminence, c’est le Général de Gaulle”. Il m’a dit: “Non, non, non, le Général de Gaulle n’est pas du tout la personne la plus extraordinaire de ce XXe siècle, la personne la plus extraordinaire de ce XXe siècle, c’est une femme que vous ne connaissez peut-être pas, elle s’appelle Marthe Robin.” Et je suis persuadé que le Cardinal Daniélou avait raison. La personne la plus extraordinaire du XXe siècle, c’est Marthe Robin. Un beau jour elle m’a raconté ce qui serait ma vie dans l’avenir, c’est-à-dire qu’elle m’a raconté ma vie à venir, et tout ce qu’elle m’a dit sur l’avenir de ma vie s’est réalisé. Chaque fois que je parlais d’une chose, immédiatement elle mettait le doigt sur le point essentiel de la chose, et à jamais, n’est-ce pas? Et quand on pense qu’elle a reçu peut-être 50 000 personnes, et qu’à chacune de ces personnes qu’elle recevait elle donnait un petit mot qui changeait leur vie de tout au tout, on comprendra comment j’ai pu l’admirer.”
AB: Justement, professeur, quand vous dites qu’elle a reçu des dizaines de milliers de personnes et que sur certaines de ces personnes une minute avec Marthe Robin bouleversait la vie.
JG: Exactement: bouleversait, changeait totalement la vie pour toujours.

(Marthe Robin sur son lit de mort, 1981)