Olivier Rey: “Au commencement était le Verbe, il semble qu’à la fin tout doive devenir nombre.”

Deux conversations avec le philosophe, mathématicien et romancier Olivier Rey autour de son dernier livre "Quand le monde s'est fait nombre" (Stock, octobre 2016) au sujet de l'essor de la statistique et la relation entre science et société. 1. Emission Les Chemins de la Philosophie avec Adèle van Reeth, Diffusion sur France Culture le 18 novembre 2016, durée 53 minutes. 2. Emission Philanthropos "Entre nous soit dit" avec Fabrice Hadjadj, durée 56 minutes. Niveau grand public instruit.

1. Olivier Rey invité de l’émission France Culture Les Chemins de la Philosophie avec Adèle Van Reeth

‘Pourquoi les hommes politiques parlent-ils d’inverser la courbe du chômage plutôt que des chômeurs ? Pourquoi mesurer ses efforts plutôt que de se dépenser sans compter ? D’où vient donc cette manie à tout quantifier, à sans cesse parler de nombres et de statistiques au point de les substituer à la réalité ? La faute à la science, diront certains… et pourtant, c’est d’abord comme instrument de mesure démocratique et industriel qu’est apparue la statistique. De là, à en faire une réponse à nos maux politiques ?’

Comment expliquer l’essor de la statistique non seulement en tant qu’outil pour analyser la société, mais même comme substitut pour la réalité concrète de la vie humaine? Est-ce qu’il s’agit d’une application des méthodes de la science aux questions sociales, ou inversément, est-ce que c’est la volonté de contrôler la société qui a donné naissance à la statistique et son utilisation scientifique? Et si nous critiquons ce ‘monde fait nombre’, quelles leçons devrions-nous tirer de ce phénomène en ce qui concerne notre propre comportement? Discussion en dialogue avec Dickens, Balzac, Tocqueville … et François Hollande.

Ecouter l’émission: https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/quand-le-monde-sest-fait-nombre-dolivier-rey

2. Olivier Rey en conversation avec Fabrice Hadjadj, émission Philanthropos “Entre nous soit dit” : http://www.e-philanthropos.org/

– Quelle est la relation historique du développement de la statistique avec l’explosion d’anciennes notions de communauté au temps de la Révolution Industrielle et la Révolution Politique, explosion allant de paire avec l’essor d’un concept de la société en tant que simple agrégat d’individus?

-Quelles sont les racines profondes de ce bouleversement? Est-ce que nous pouvons tracer une généalogie de l’individualisme en remontant plus loin vers le nominalisme du théologien et logicien franciscain Guilllaume d’Occam au XIVe siècle?

– Aujourd’hui, quelle vision de la personne humaine se transmet par les statistiques dans un “règne de la quantité” où tout devient mesurable, y compris le quantified self?

Même si, comme affirme Olivier Rey, la numérisation n’est pas strictement parlant une ‘nombrification’, et admettant avec lui que l’informatique n’a en elle-même rien de statistique, quelles sont les implications de l”avalanche’ actuelle de données collectées par les ordinateurs, données tellement vastes que seule l’informatique est en mesure de les traiter?

Pour lire le premier chapitre du livre Quand le monde s’est fait nombre, cliquez ici.

Peter Bannister pour sciencesetreligions.com