Et si on disait “collapsologie”? (2) – Yves Cochet

Entretien avec l'ancien ministre de l'environnement Yves Cochet, aujourd'hui collapsologue, président de l'Institut Momentum, sur la possibilité d'un effondrement systémique global dans un avenir proche à cause notamment des déplétions de l'énergie. Interview NEXT réalisée par Clément Montfort, mise en ligne le 21 décembre 2017. Durée 23 minutes, niveau grand public. Pour regarder la vidéo, cliquer sur le titre de l'article.

“En fait, quand on regarde d’un point de vue matérialiste ce qu’on peut appeler la raréfaction des matières premières et les déplétions de l’énergie – l’énergie c’est essentiellement des énergies fossiles pour 85% du monde – eh bien, ceci ne peut plus durer pendant très longtemps, donc c’est une question d’années ou de décennies. Alors c’est sur cette base d’un constat de la difficulté des écosystèmes, de la dégradation de la terre, il y a bien entendu le dérèglement climatique au premier rang, mais aussi la perte de biodiversité. Enfin, tout ce qui fait du mal à Gaïa comme on pense Gaïa en tant que Terre globale en tant que système Terre, eh bien, tout ça ne peut durer très longtemps. Et donc j’estime, en effet, que l’effondrement global dont je parlais est proche. Alors dans cet article, j’ai essayé de dire un peu le calendrier pour montrer que ça n ‘est pas demain, c’est demain matin. Bon en gros l’effondrement au sens où je l’entends, c’est dans les années 20 donc entre 2020 et 2030 à 5 années près. Bien entendu, je ne suis pas Madame Soleil, ni Nostradamus. Puis après, il y a aura peut-être une période de survie difficile et notamment du point de vue matériel et du point de vue psychologique. J’insiste beaucoup là-dessus car il y aura sans doute des événements dramatiques au point de vue humain – je ne veux pas en dire plus, mais on en a connu au 20ème siècle, au moins 2 grands, et donc ces événements dramatiques feront que l’une des principales préoccupations des humains qui survivront dans les années 30-35, 40-45, dans une vingtaine d’années, ce sera, comme disait le Christ, […] de s’aimer les uns les autres. Car, en effet, la déploration de ce passé terrible qu’on aura vécu fera que, bien sûr, il faudra survivre au jour le jour: trouver de l’eau fraîche, trouver de la nourriture saine, trouver un peu d’énergie, des abris, etc., mais surtout essayer de ne pas tomber dans la barbarie, et c’est ça ma principale préoccupation.”

Yves Cochet

Article connexe:

Yves Cochet, “Les trente-trois prochaines années sur Terre”, article publié dans Libération le 23 août 2017 sous le titre ”De la fin d’un monde à la renaissance en 2050”: pour lire, cliquer ici.

Une lecture provoquante de la situation actuelle que beaucoup de lecteurs peu enclins à écouter ceux que certains appellent les “Nouvelles Cassandre” trouveront sans doute exagérée, voire alarmiste… Il est néanmoins intrigant de voir émerger une étrange convergence entre la vision des collapsologues – liés historiquement avec l’aile radicale de l’écologie, plutôt réfractaires à l’égard des traditions religieuses abrahamiques-, et les écrits de certains théologiens chrétiens. Des penseurs oeuvrant soit dans le sillage des travaux eschatologiques de Jürgen Moltmann (1926 – ), soit des derniers écrits (Achever Clausewitz…) de René Girard (1923-2015), soit des recherches d’un René Laurentin (1917-2017) sur la tradition prophétique des révélations privées catholiques (Ste Faustine, les apparitions mariales de Fatima ou d’Akita…) et orthodoxes. Des tendances qui en principe avaient assez peu de choses en commun au plan intellectuel – jusqu’à maintenant…

Peter Bannister