La philosophie de la conscience selon Michel Bitbol (2)

Dans la deuxième partie de cet entretien au sujet des diverses approches philosophiques à la question de la conscience humaine (human consciousness), Michel Bitbol parle du physicalisme (l'idée que tout qui existe serait réductible à physique et chimie), du panpsychisme (faisant notamment référence au philosophe analytique Galen Strawson) et du fonctionnalisme, qui considère que l'esprit ('mind') serait au corps et au cerveau ce qu'est le logiciel dans un ordinateur. Durée 8 minutes. Niveau universitaire/grand public instruit. Pour voir la vidéo, cliquer sur le titre de l'article.

Pour le physicalisme, tout qui existe est réductible à physique et chimie, tout le reste n’étant qu’épiphénomène. Cette position veut se distinguer du matérialisme classique dans la mesure où le physicalisme parle de l’objet de la physique plutôt que des corps matériels. Mais existe-t-il une définition de l’objet de la physique? Est-ce que la fonction d’onde en physique quantique y entre? Comment définit-on la matière, par exemple dans sa relation à la conscience? Est-ce que c’est complètement indépendant (comme pensait Lénine)? Le physicaliste pense que la conscience émerge de processus qui sont analysables selon les lois de la physique. Mais dans ces lois il n’y a selon Bitbol rien qui dise que la conscience en émerge. Si on ajoute une propriété supplémentaire (que Bitbol appelle psyché) au même niveau explicatif pour prendre compte de cette émergence, on devient panpsychiste, une position défendue vigoureusement par Galen Strawson.

Le fonctionnalisme s’oppose au réductionnisme mais partage ses résupposés métaphysiques. Pour le fonctionnaliste, pourtant, tout ce qui relève de l’esprit ne peut pas être déduit de la connaissance des niveaux d’organisation inférieurs, physiques. Il faudrait ajouter un niveau émergent d’organisation qui ne serait pas totalement réductible aux niveaux plus élémentaires. Ce niveau serait l’équivalent pour le fonctionnaliste d’un logiciel par rapport au matériel dans un système informatique.

“Les fonctionnalistes ont considéré que l’esprit était au corps et au cerveau ce qu’est le logiciel dans un ordinateur. Pas réductible donc au matériel, mais néanmoins ne contenant rien de plus qu’une organisation du matériel. Et donc pour les fonctionnalistes, l’esprit, c’est exactement la même chose, c’est simplement une organisation macroscopique, émergente du matériel neuronal.”