Physique Quantique et Valeurs humaines

On accepte généralement que la science n’est pas simplement l’entreprise concrète de la soumission de la nature par l’homme à son pouvoir, mais aussi une partie de sa quête sans fin pour la connaissance de l’univers et de la place qu’il y occupe. Cette soif de savoir ne procède pas uniquement d’une futile curiosité. Lorsque nous essayons d’établir les valeurs directrices de nos actions, nous en venons tous à nous poser des questions sur l’univers et sur la place que l’homme y occupe. Le lien qui existe entre la question pratique des valeurs sur lesquelles fonder nos actions et la question abstraite de la place de l’homme dans l’univers n’est pas le produit d’une philosophie éthérée. L'auteur montre comment la physique quantique peut renouveler cette problèmatique.

Introduction

C’est la science qui a créé le problème étudié par la présente conférence : elle a donné à l’homme le pouvoir de polluer et de ravager la nature sur une échelle sans précédent et même d’annihiler sa propre espèce. Mais elle a joint à ce pouvoir potentiellement destructeur un cadeau compensateur qui, pour être subtil et encore à peine compris par l’esprit humain, pourrait ultimement se révéler le plus extraordinaire apport de la science à la civilisation de l’homme et même la clé de sa survie.

On accepte généralement que la science n’est pas simplement l’entreprise concrète de la soumission de la nature par l’homme à son pouvoir, mais aussi une partie de sa quête sans fin pour la connaissance de l’univers et de la place qu’il y occupe. Cette soif de savoir ne procède pas uniquement d’une futile curiosité. Lorsque nous essayons d’établir les valeurs directrices de nos actions, nous en venons tous à nous poser des questions sur l’univers et sur la place que l’homme y occupe. Le lien qui existe entre la question pratique des valeurs sur lesquelles fonder nos actions et la question abstraite de la place de l’homme dans l’univers n’est pas le produit d’une philosophie éthérée. Les exemples concrets des fortes influences sur nos actions de nos croyances, de nos conceptions de l’univers et de la place que l’homme y occupe sont légion. Lorsque les croisés se dirigeaient vers la terre Sainte, ils sacrifiaient leurs aises et étaient prêts à sacrifier leur vie au nom de leurs croyances relatives à la nature de l’univers, à leur créateur et à la place qu’ils occupaient dans le monde. Lorsque les chrétiens se laissaient jeter aux lions, plutôt que de prononcer quelques simples phrases, ils sacrifiaient en réalité leur vie au nom des croyances qu’ils avaient quant à l’univers et à la place qu’ils y occupaient. Les kamikazes, les fanatiques musulmans, et Bruno au bûcher sont tous de vivants témoignages qu’aucune force, même pas l’instinct de survie, n’exerce autant d’influence sur les actions de l’homme que les valeurs engendrées par sa conception fortement ancrée de la nature de l’univers et la place que l’homme y occupe.

On prétend parfois que la science n’a rien à dire sur les valeurs ; la science peut, dit-on, nous enseigner comment obtenir des connaissances sur le Réel, mais demeure nécessairement muette sur la question de ce que sont les valeurs. Cette affirmation est certainement injuste. Le savoir scientifique influence grandement les valeurs. L’exemple le plus frappant en est peut-être le rôle que le savoir scientifique a joué dans le système des valeurs promulgué par l’Église au cours du Moyen Âge. Le système se fondait sur un credo couvrant la nature et le créateur de l’univers, et les rapports de l’homme à ce créateur. En sapant le fondement de ce credo, la science a provoqué la chute de ce système de valeurs. Elle l’a de plus remplacé par son propre credo. Selon ce credo «scientifique», l’homme n’était plus l’image de Dieu, ou l’étincelle du pouvoir créateur divin, doté du libre arbitre, mais il devenait un simple automate un simple engrenage de l’immense machine qui roule vers son destin prédéterminé selon des lois mathématiques aveugles et incontournables.

Cette image «scientifique» de l’homme fait disparaître les fondements rationnels de la responsabilité personnelle. Elle affirme que chacun d’entre nous n’est qu’un simple prolongement mécanique de ce qui existait avant notre naissance. Nous n’exerçons aucun contrôle sur cette période précédente. Aussi, personne ne peut-il porter la responsabilité de ce qui en ressort, de ce qui a été pré-ordonné.

Selon cette conception de l’homme, le viol de l’environnement devient tout à fait rationnel. Aucune valeur ne trouve de fondement rationnel dans cette conception, si ce n’est l’intérêt personnel ; se comporter de façon à promouvoir le bien-être des autres, y compris les générations futures, n’est rationnel que dans la mesure où de cette façon on sert ses propres intérêts. La science devient ainsi doublement coupable : elle donne à l’homme le pouvoir de détruire son écosystème, et lui refuse le fondement d’un système de valeurs rationnelles qui pourrait le motiver à user modérément de ce pouvoir.

L’image mécaniste de l’homme décrite ci-dessus est l’image de la physique «classique» des 17e, 18e et 19e siècles. Mais notre siècle a jugé que cette image comportait de sérieuses failles. Même les prémisses fondamentales de cette notion classique ont été jugées strictement incompatibles avec divers phénomènes associés à la constitution atomique de la matière. Le monde est ainsi nécessairement différent et, en réalité, nécessairement très différent de l’image présentée par la physique classique.
Le cul-de-sac des concepts classiques a mené les physiciens à élaborer une nouvelle approche de la connaissance de la nature. Cette nouvelle approche se fonde sur des concepts radicalement différents qui mènent à une conception radicalement différente de l’univers et de la place que l’homme y occupe. La section suivante décrit à grands traits la conception quantique de la nature, et celle qui la suit, la conception de l’homme qui en découle. Dans la section finale, nous discuterons des conséquences de cette révision profonde de la conception de l’homme sur les valeurs humaines.

I. LA CONCEPTION QUANTIQUE DE LA NATURE

En abordant le sujet de cette section, il faut souligner avant tout que, strictement parlant, il n’y a pas de conception quantique de la nature, au sens habituel de ces mots. Le principal architecte de la philosophie orthodoxe de la théorie quantique, Niels Bohr, a pris grand soin de préciser que, de ce point de vue orthodoxe, le but de la science en général, et de la théorie quantique en particulier, n’est pas de prétendre expliquer la nature de l’univers physique elle-même, mais bien plutôt de calculer les attentes possibles d’après les résultats des observations obtenus dans des conditions bien précisées. Le caractère, ou la nature, de l’univers qui permet la réalisation de ces attentes n’est pas, selon ce point de vue orthodoxe strict, le sujet propre de la science.
L’adoption de ce point de vue restreint s’explique fondamentalement par le fait que les seules affirmations vérifiables sur les systèmes physiques soit, au bout du compte, des affirmations fondées sur des observations : les affirmations sur les aspects inobservables de l’univers sont théoriques par nature, et intrinsèquement moins sûres que les affirmations vérifiables et vérifiées à profusion fondées sur les résultats des observations.
L’équilibre de ce point de vue orthodoxe est conforté aujourd’hui par le fait qu’il y a à l’heure actuelle trois conceptions fondamentalement différentes de l’univers qui prétendent toutes faire les mêmes prédictions à partir des observations. Dans la mesure où cela est réellement vrai, et demeure vrai de toutes les observations imaginables, aucune distinction empirique n’est possible entre ces trois images radicalement différentes de l’univers.

Cette conférence n’est pas l’endroit indiqué pour décrire les trois possibilités. Je ne parlerai ici que de la plus orthodoxe de ces trois images de l’univers, à savoir celle qui a été promulguée par Heisenberg. Elle est d’ailleurs celle qui reçoit l’accueil le plus favorable de la plupart des physiciens quantiques et celle qui épouse le plus étroitement le formalisme théorique quantique le plus suivi dans la pratique. Je donnerai à cette conception de la nature le nom de «conception quantique», suivant en cela l’usage préféré des physiciens quantiques.
Selon cette conception quantique de la nature, les choses réelles dont se compose l’univers ne sont pas des entités persistantes, comme dans la physique classique, mais plutôt des événements soudains, appelés «sauts quantiques». Ces sauts sont des changements soudains dans «l’état Heisenberg » de l’univers, comme on l’appelle. L’état Heisenberg ressemble à l’état initial de l’univers classique. Mais alors que l’état initial de l’univers classique détermine complètement les valeurs bien précises de toutes les quantités physiques pour toute la durée de l’histoire de l’univers, l’état Heisenberg ne détermine, fondamentalement, que les divers états possibles qui lui succéderont. Nous avons ainsi une image de l’univers qui évolue selon une suite discrète de «sauts quantiques» dont chaque état successif ne détermine que les probabilités des états possibles qui éventuellement lui succéderont.
Certains états Heisenberg correspondent au fait que certaines variables physiques ont, à un moment précis, des valeurs raisonnablement bien définies. Toutefois, à cause du principe d’incertitude de Heisenberg, une quantité bien définie à un moment devient souvent moins bien définie a mesure que le temps avance.

On présume qu’un saut quantique type donne à certaines qualités particulières macroscopiques une définition suffisante, à un moment donné. Alors le processus naturel global peut être considéré comme une suite d’événements qui tendent à contrecarrer la tendance à la diffusion déduite du principe d’incertitude et qui, en particulier, tend à conserver à l’univers une définition suffisante quant aux valeurs de ses degrés de liberté macroscopiques.
Les lois qui régissent les probabilités des sauts quantiques sont tout à fait analogues aux lois de la physique classique. Cette analogie entre les lois quantiques et classiques garantit que les lois de la physique classique seront à peu près respectées dans les situations classiques où l’on sait que les lois classiques ne posent pas de problème.

Ressortant à l’avant-plan de cette chaîne d’événements dont le rôle principal est de tenir le monde macroscopique en étroit accord avec les lois de la physique classique, se posent les événements caractéristiques qui se prêtent aux mesures du mode quantique. Ces événements se présentent à la suite d’une période où il y a eu une grande amplification de quelque différence à l’échelle atomique, i.e. dans des situations où de petites différences ne comportant que quelques «atomes» se sont rapidement amplifiées pour produire de grandes différences dans des quantités macroscopiques qui deviennent directement observables.
Ces événements mesurables selon la méthode quantique sont reliés typiquement aux appareils de mesure quantique utilisés pour étudier les phénomènes atomiques et ils sont au centre des discussions de Heisenberg sur la conception de la nature dont on parle ici. Le fonctionnement de ces appareils dépend de l’apparition à l’intérieur des appareils du même genre d’amplification que l’on vient de décrire.

II. LA CONCEPTION QUANTIQUE DE L’HOMME

L’influence de la conception quantique de la nature sur la conception de l’homme découle de l’apparente étroite ressemblance entre le cerveau humain et les appareils de mesure quantique . La fonction du cerveau est de traiter diverses données afin de formuler d’abord quelques lignes de conduite éventuelles appropriées, de choisir ensuite l’une des lignes de conduite possibles, et de surveiller enfin l’exécution de la ligne de conduite choisie. Le mécanisme de ce traitement s’explique par l’amplification des différences par les cellules nerveuses, au cœur des liaisons synaptiques, qui comportent un petit nombre d’ions Ca++. Le processus cérébral que l’on vient de décrire atteint son point culminant lorsque le cerveau atteint un état quasi stable pour surveiller la réaction macroscopique choisie par l’organisme.
Les études informatiques  menées au niveau classique révèlent une dépendance très sensible de l’état final quasi stable atteint par le cerveau par rapport aux paramètres caractéristiques de la liaison synaptique. D’autres études s’imposent. Mais il semble que l’analogie entre le cerveau et les appareils de mesure quantique soit appropriée : comme pour les appareils de mesure quantique, le choix de l’état final macroscopique sera déterminé par un «saut quantique» dans le système macroscopique en faveur des états macroscopiques éventuels possibles.

Si en réalité le cerveau ressemble ainsi aux appareils de mesure quantique, les conséquences quant à la place de l’homme dans l’univers sont profondes. Ces conséquences découlent directement de deux propriétés fondamentales des sauts quantiques.
La première propriété fondamentale des sauts quantiques, selon la conception quantique de la nature, est que les choix faits par ces sauts ne suivent pas les lois mathématiques du dynamisme classique. Les lois quantiques ne déterminent que les probabilités des divers choix possibles, elles ne déterminent pas lequel de plusieurs choix possibles sera fait en réalité.
Les choix réels ressemblent davantage, en réalité et logiquement, aux choix des conditions initiales de la physique classique, en ce sens qu’ils sont hors de la portée d’un pouvoir mathématique déterminé, mais qu’ils déterminent quand même collectivement la forme réelle de l’univers macroscopique. La suite complète des événements quantiques peut donc être considérée comme un processus de sélection qui crée, ou fixe, la forme réelle de l’univers. Toutefois, dans la conception quantique de la nature, ce processus est graduel, alors que dans la physique classique, un choix initial instantané fixe une fois pour toutes l’histoire entière de l’univers.
La seconde propriété fondamentale des sauts quantiques est leur non-localité. Chacun de ces sauts peut se produire d’une façon spéciale dans une région locale de l’espace. Ainsi les sauts quantiques dont nous venons de parler servent à fixer soit les points des parties d’un appareil de mesure ou du cerveau humain. Toutefois, chaque saut entraîne des changements compensateurs dans d’autres parties très éloignées de l’univers. Les formes précises de ces changements sont déterminées par la théorie quantique et leur structure est telle que le saut quantique doit être fondamentalement non localisé : le saut quantique est intrinsèquement une modification de tout l’univers et il s’étend sur tout l’espace. On ne peut imaginer le saut quantique, par exemple, comme l’effet de l’injection de quelques perturbations, ou un choix, dans une région localisée de l’espace. Le saut quantique est intrinsèquement global.

La nature de ces deux propriétés des sauts quantiques entraîne une modification profonde de la conception de la place de l’homme dans l’univers, si on la compare à la place que lui donne la physique classique. L’homme n’est plus un rouage à tout jamais déterminé d’une gigantesque machine. Il est plutôt un des éléments du processus fondamental qui forme et définit l’univers. Cet élément s’exprime lui-même par des choix qui ne sont contrôlés par aucune loi connue de la nature et même s’il s’exprime directement par le corps humain, il est intrinsèquement et immédiatement. relié à l’univers entier, conformément à des formules mathématiques précises définies par la théorie quantique.

III. LES CONSÉQUENCES SUR LES VALEURS HUMAINES

La question est maintenant la suivante : cette perception modifiée de l’homme a-t-elle des conséquences sur les valeurs humaines, et quelles sont-elles ? Une approche totalement rationnelle ne nous conduit-elle pas à considérer que l’intérêt personnel est la seule valeur réelle ? Probablement ! Mais cette conclusion mène à une autre question : Quel est donc cet intérêt personnel qui serait la seule valeur ?

Les valeurs prennent naissance dans l’image que l’on a de soi. Règle générale, nous sommes amenés par notre formation, les enseignements, la propagande ou par d’autres formes d’endoctrinement à élargir la conception de nous-mêmes ; on nous apprend à nous concevoir comme une partie intégrante de quelques unités sociales, par exemple, la famille, le groupe religieux, la nation, etc., et à élargir notre propre intérêt aux dimensions des intérêts de ce groupe. Il importe peu, dans le contexte actuel, que cette tendance humaine à élargir son image personnelle provienne d’une malléabilité naturelle, d’une tendance instinctuelle, d’une inspiration spirituelle, ou de quelque autre source. Ce qui compte, c’est que nous, les humains, avons en réalité la capacité d’élargir notre image personnelle et que cette image agrandie peut devenir la base d’une énergie si puissante qu’elle deviendra la force dominante de notre action, surpassant tout autre facteur, y compris même l’instinct de conservation.

Mais contre les forces sociales qui nous poussent à élargir le concept de notre être, se dresse la force de la raison. La raison exige que l’on fonde les croyances sur des preuves. Si nous cherchons des preuves pour les croyances touchant notre propre nature par rapport aux autres parties de l’univers, la science se prétend alors compétente, ou au moins utile. La physique se considère comme la science fondamentale. Toutefois, la physique dans sa forme classique, n’offre aucun fondement pour toute notion élargie de notre identité. Toute personne n’est simplement qu’un amas localisé d’atomes liés temporairement ensemble selon une configuration quasi stable. Toute notion voulant que l’identité personnelle est fondamentalement plus que cette collection d’atomes, reliés ensemble par des forces mathématiques déterminantes, est considérée comme un produit de l’imagination, sans aucun fondement dans les faits empiriques. Ainsi la raison, se fiant aux preuves fournies et interprétées par la physique classique, pourra peut-être proposer une conception « éclairée » de l’intérêt personnel, mais toujours selon la conception étroite qu’elle se fait de notre identité personnelle ; elle ne propose rien qui conduirait à un élargissement fondamental de soi-même. La raison se révèle donc une force opposée aux forces sociales.

Grâce à la conception quantique de l’homme, la science se range dans le camp des forces sociales. Les preuves scientifiques, interprétées à la façon de Heisenberg, élargissent la conception de l’identité personnelle bien au-delà des simples idées avancées par les forces sociales : l’être humain ne rejoint pas seulement les organismes sociaux au point d’en faire partie intégrante, mais devient une part intrinsèque non localisée de l’auto formation de l’univers lui-même ; l’être humain devient un organisme complètement soustrait à l’emprise de toutes les lois mathématiques connues et joue, à une petite échelle, un rôle semblable à celui de l’établissement des conditions initiales de l’univers, prérogative réservée dans la physique classique à quelque organisme extérieur au monde physique.

La conception quantique de l’homme ressemble, sous certains aspects limités, à l’image qu’en donnent divers systèmes religieux. Elle pourrait donc capter les puissantes vibrations que les croyances religieuses suscitent chez les humains. Mais contrairement aux croyances précédentes, la conception quantique ne s’oppose nullement aux preuves de la science, mais elle découle, presque automatiquement, de la conception la plus largement acceptée de l’univers et la plus compatible avec les résultats de la science moderne.

L’assimilation de cette conception quantique de l’homme par l’environnement culturel du 21e siècle produira inévitablement une réorientation des valeurs profitables à la survie de l’espèce humaine. La conception quantique donne à l’être humain un sens élargi de sa dignité et de son rôle d’architecte de l’univers. De cette image personnelle, l’être humain tirera des valeurs élevées qui le feront déborder les confins étroits de son intérêt personnel. Fondée sur des preuves scientifiques dont tous les hommes peuvent également se prévaloir, la conception quantique n’est pas le rejeton de situations historiques propres à des groupes sociaux particuliers qui l’exploitent à son profit ; elle a donc le potentiel d’offrir un système universel de valeurs adaptées à tous les hommes, sans égard aux accidents de la naissance. Si cette conception quantique de l’homme se répand, la science se sera accomplie, en ajoutant aux avantages matériels qu’elle a déjà procurés une pensée philosophique qui a peut-être encore plus de valeur.