Portée du miracle eucharistique constaté par le futur pape François alors évêque de Buenos Aires

Article qui décrit les analyses effectuées par le cardiologue et pathologiste new-yorkais, le Pr Frédéric Zugibe à la requête de l’Archévêque Jorge Mario Bergoglio, suite à la constatation d'un "miracle eucharistique" à Buenos Aires en 1996. Un interprétation théologique est offerte. Dans Chrétiens Magazine n° 262, septembre 2013, p.16. Niveau grand public

Le 18 août 1996, à 19 h, le père Alejandro Pezet célébrait la messe dans l’église qui se trouve dans le centre commercial de sa ville. Après la communion, une femme vint lui dire qu’une hostie dont on s’était débarrassé se trouvait au fond de l’église, elle était souillée. Le prêtre l’a mise dans un petit récipient d’eau et déposa le tout dans le tabernacle.

Le lundi 26 août 1996, 8 jours après, ouvrant le tabernacle, il vit que l’hostie était devenue une substance sanglante et elle avait augmenté de taille.

Il en informa Mgr Jorge Bergoglio qui était alors l’évêque auxiliaire à Buenos Aires.

Celui-ci fit photographier l’Hostie.

Pendant plusieurs années, l’Hostie transformée demeura dans le tabernacle mais dans le plus total secret.

Mgr Bergoglio décida de la faire analyser à New York par le professeur Frédéric ZUGIBA, cardiologue et pathologiste médico-légal réputé. Il détermina que la substance analysée était du véritable sang humain contenant de l’ADN.

Pour ne pas influencer le résultat des examens, le Dr CASTANON n’avait pas indiqué l’origine du prélèvement. Ce fragment avait été prélevé par le Dr CASTANON de Buenos Aires. Le Dr ZUGIBA déclara : « la matière analysée est un fragment du muscle du cœur qui se trouve dans la paroi du ventricule gauche, près des valves. Ce muscle est responsable de la contraction du cœur. Ce muscle fonctionne comme une pompe qui envoie le sang dans tous le corps. Le muscle cardiaque est dans un état d’inflammation et contient un nombre important de globules blancs. Ceci indique que le cœur était vivant au moment où l’échantillon a été prélevé.  J’affirme que le cœur était vivant étant donné que les globules blancs meurent en dehors d’un organisme vivant. Ils ont besoin d’un organisme vivant pour les maintenir. Donc, leur présence indique que le cœur était vivant quand l’échantillon a été prélevé. Par ailleurs, ces globules blancs avaient pénétré les tissus, ce qui indique d’autant plus que le cœur avait été soumis à un stress intense, comme si son propriétaire avait été battu sévèrement au niveau de la poitrine. »

Ce miracle, enregistré par notre pape François est surprenant tout comme le miracle analogue de Lanciano et d’un village voisin en Italie qu’on vénère depuis le Moyen-âge jusqu’à ce jour.

Ces miracles déroutent quelque peu la théologie transcendante de Thomas d’Aquin (1225  -1274) qui analysa la transsubstantiation eucharistique de manière qui échappe aux objections scientifiques dont souffrent toutes les autres théories. L’explication tient en ceci : « l’Eucharistie est un sacrement, c’est-à-dire un signe qui produit intégralement son effet transcendant : le prêtre, par l’autorité du Christ qui est au ciel,  selon le Testament du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi », dit : « Ceci est mon Corps, ceci est le calice de mon Sang » et ce signe ne change rien au processus physico-chimique mais là où sont les espèces eucharistiques transsubstantiées, le Corps du Christ qui est au Ciel est substantiellement présent.

Ce n’est plus du pain, quoique les apparences et la structure physico-chimique du pain et du vin restent inchangés, mais cela devient le Corps du Christ qui est au Ciel.

Le miracle eucharistique, qui transforment l’Hostie en chair, ne suit pas à la lettre l’explication sûre de Thomas d’Aquin, indépassée depuis huit siècles, mais est le résultat d’un autre miracle qui transforme le pain et le vin en la chair du Christ qui est  au ciel. Puisque la transsubstantiation se fait sans changement physico-chimique mais le miracle eucharistique, tout autre selon la puissance de Dieu, transforme, avec changement d’apparence, l’Hostie en la chair du Christ qui est au Ciel. Ce que signifie bien la parole du Dr ZUGIBA : « la matière analysée est un fragment du muscle du cœur (…) ce qui indique que le cœur était vivant au moment où l’échantillon a été prélevé. »

Autre est donc le phénomène quotidien de l’Eucharistie qui ne donne lieu à aucun bouleversement des processus physico-chimiques et cette transformation physico-chimique de l’Hostie : le pain qui garde normalement toutes ses apparences en la chair du Christ qui est au Ciel : cette « chair vivante » souligne le cardiologue.

Il faut souligner l’hétérogénéité du don quotidien de l’Eucharistie et des miracles eucharistiques. Est-ce donc un fragment du cœur du Christ qui est au Ciel où bien une reconstitution créée de ce cœur ? Toute spéculation sur ce point défaille, faute de critères suffisants.

Ce nouveau miracle Eucharistique bénéficie de la rigueur avec laquelle notre pape François, avant d’avoir reçu la charge pontificale, avait caché normalement la source de l’échantillon. Ce qui donne à l’analyse indépendante du cardiologue toute sa rigueur.

Encore une fois, la portée du miracle ne relève pas de la doctrine sacramentelle : du signe qui produit son effet par l’action même du Christ mais d’un autre miracle par lequel les espèces Eucharistiques se transforment dans la chair d’un organisme vivant, celui du Christ, sans que nous puissions pénétrer le mécanisme de cette transformation physico-chimique qui convertit le signe transsubstantié en une chair identifiable au Corps du Christ, quelles qu’en soient les modalités.

Lorsque le prêtre dit, à la messe, lors de la consécration : « Ceci est mon corps », il ne parle pas de son corps physique de prêtre célébrant mais il parle au nom du Christ en rappelant ses paroles lors de la scène en vertu de la prescription : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Le Christ prend donc à son compte ses propres paroles lors de l’institution. Mais dans le cas du miracle eucharistique, il ne résulte pas de la prescription sacramentelle qui donne au pain de n’être plus du pain qu’en apparence car il devient alors en substance le Corps du Christ sans changement des apparences phénoménologiques du pain mais il s’agit d’un autre miracle non sacramentel : la transformation apparente du pain Corps-du-Christ, en sa chair qui est au ciel.

L’explication eucharistique de la Présence Réelle, selon Thomas d’Aquin, ne pose aucun problème aux scientifiques car rien n’est changé sur le terrain des phénomènes : ce qui reste phénoménologiquement du pain n’est plus que le Corps du Christ : les miracles ou les apparences inchangées du pain deviennent un fragment charnel, c’est tout autre chose, c’est un changement phénoménologique des  apparences du pain en la chair du Christ. Ce qui pose, face aux scientifiques, un tout autre problème car, selon Thomas d’Aquin, tout est normal dans l’ordre des phénomènes, mais dans le changement des apparences du pain en chair humaine, il y a au contraire, une transformation inexplicable (ou inexpliquée) au plan des phénomènes : le pain, inchangé dans la consécration eucharistique est changé, en effet, au plan phénoménologique, en chair analysable par un spécialiste non prévenu. Il aura été surpris, voir perturbé, au plan scientifique, quand on lui aura dit l’origine eucharistique du fragment de chair qu’il a analysé car la science ne connaît que les phénomènes, elle ignore la substance. Ce que concrétise ce souvenir du Concile où j’étais expert, à la sortie de Vatican II, je rencontrais un jour le pasteur Böegner, président des courants du protestantisme français, il me disait :

« Votre position eucharistique est bien déconcertante car elle suppose que l’hostie consacrée devient la chair du Christ, ce que contredit l’hostie inchangée qui garde « toutes les apparences » du pain. »

Je répondis :

« Non, rien d’étrange, l’hostie reste du pain non seulement selon les apparences extérieures mais dans sa structure physico-chimique. »

« Avouez que ce que vous me dites-là, ça sent un peu le fagot. »

« Non », lui dis-je, et comme le père Congar passait, je lui demandais :

« Après la consécration, si on analysait l’hostie, y trouverait-on autre chose que la structure physico-chimique du pain ? »

« Bien sûr que non, selon Thomas d’Aquin. »

Et comme passait le père Gagnebet du Saint Office, témoin rigoureux de la foi orthodoxe, je lui posais la même question et il confirma.

Il serait superflu de réaliser des analyses chimiques du pain et du vin consacré car on n’y trouverait rien d’autre que la structure même du pain. Ce fut le génie de Thomas d’Aquin de prévenir les objections et difficultés qui auraient surgi cinq siècles après si on avait confronté la théorie eucharistique avec la foi.

Mais rien n’est changé dans l’ordre des apparences et des phénomènes lorsque la science pris conscience de son objet : les phénomènes et non la substance, mot qui n’a aucun sens scientifique.

C’est par pure analyse théologique que Thomas d’Aquin a élaboré sa théorie si étrangère à la science que les conseillers allemands de Pie XII conseillèrent de faire interdire la réédition du cours du professeur Filograssi s.j. à la grégorienne. Ce professeur en fut troublé parce qu’il savait que l’interdit venait du sommet mais le père Barré, supérieur du séminaire français, le rassura. Les conseillers allemands de Pie XII ont une autre théorie, déficiente, qui voudrait retrouver dans l’hostie consacrée, une ébauche du Corps charnel du Christ. Thomas d’Aquin s’en est tenu à la stricte théorie sacramentelle : le sacrement produit invisiblement ce qu’il signifie, par l’opération transcendante du Christ. Lorsque le prêtre dit, au nom du Christ :  « Ceci est mon Corps », il ne le dit pas en son nom mais au nom du Christ. Le pain reste du pain au plan des phénomènes et de la structure physico-chimique mais ce n’est plus du pain, ce n’est plus que le signe sacramentel du Corps du Christ. C’est pourquoi la théologie parle d’un changement substantiel ou de transsubstantiation. Le pain reste inchangé au plan des phénomènes mais il n’est plus que le signe du Corps du Christ qui est au ciel. Les apparences du pain restent inchangées mais c’est bien le Corps du Christ qui est là et auquel nous croyons. Cela ne dérange nullement la science car ce changement se situe au niveau de la substance étrangère à la science qui ne s’occupe que des phénomènes. Le pain consacré n’est plus du pain que selon les phénomènes mais il devient sur l’autel et pour chaque communiant l’unique Corps du Christ qui est au ciel.

C’est un bel exemple de ce qu’est la rigueur théologique : on voit à quel point la rigueur théologique devance de bien des siècles toute objection scientifique.

Vaines sont donc les théories qui, pour mieux assurer la Présence réelle, voulaient trouver dans l’hostie consacrée, je ne sais quel changement organique.

C’était le cas des conseillers allemands de Pie XII qui arrêta leur censure et fit autoriser la réédition du cours eucharistique de Filograssi. Il ne faisait que répercuter la doctrine de Thomas d’Aquin, ce que lui confirma le père Barré.

J’avais expliqué cela dans mon livre sur l’Eucharistie : « Jésus-Christ présent », quand j’ai proposé un développement pour le festschrift de je ne sais plus quel cardinal. Mon article ne fut pas retenu parce qu’il touchait le pape, si rigoureusement circonspect dans la conduite de cette affaire, car il reprocha finalement à ses conseillers allemands leur théorie désuète.