Question : 06. Le cerveau est-il conscient ?

Les recherches sur les états de conscience sont parmi les plus passionnantes de la science actuelle. Grâce aux avancées de la neuroscience, notre connaissance du cerveau et de son fonctionnement a progressé de manière spectaculaire. Mais est-ce le cerveau qui pense ? Doit-on le considérer comme la cause principale, sinon exclusive, de nos conduites, de nos affects, de notre conscience ? La plupart des traditions religieuses revendiquent, au contraire, l’existence d’un esprit irréductible à la matière. De quoi s’agit-il quand on parle d’esprit, de psychisme, de pensée et de conscience ? Comment la science et les religions assument-elles la différence entre le corps et l’esprit, le cerveau et la conscience ?

En fait, les progrès spectaculaires de l’imagerie cérébrale ne font que réactiver un débat aussi ancien que la capacité, propre à l’humain, de s’interroger sur sa nature et sur le sens de son existence. La question récurrente reste évidemment celle de savoir si cette nature et cette existence sont, ou non, réductibles aux seules lois de la physique. L’esprit humain n’est-il qu’une propriété particulière de la matière ou convient-il d’admettre l’existence d’une dimension irréductible à cette dernière ? Comment les religions envisagent-elles une telle dimension ? Et comment les neurosciences prétendent-elles pouvoir s’en passer ? Les unes et les autres parlent-elles bien de la même chose à propos de l’esprit, de la pensée ou de la conscience ? Peut-on caractériser ces entités de manière univoque ?

Est-il scientifiquement valide de dire que le cerveau pense ou est conscient ? La connaissance de l’activité du cerveau donne-t-elle vraiment accès à l’expérience subjective elle-même ? Que voit-on effectivement dans le cerveau d’une personne qui pense ? Que des régions cérébrales soient plus nécessaires que d’autres à l’exercice de la raison, à la mémoire ou à la conscience, signifie-t-il pour autant que lesdites régions sont dotées de raison, de mémoire ou de conscience ?

Quelles seraient les conséquences pour notre compréhension de la conscience et sa relation avec le cerveau s’il était prouvé que des expériences conscientes sont possibles sans un cerveau en état de fonctionnement (expériences de mort imminente ou «décorporation» spontanée), comme affirment des chercheurs tels que Mario Beauregard ? Quelles sont les implications de la «neuroplasticité» qui montre que la pensée peut modifier l’appareil neuronal au niveau physique (phénomène affirmé notamment par des études sur les effets neuronaux de la prière et de la méditation) ? Que penser des tentatives d’établir une corrélation entre la constats de la neuroscience actuelle et les catégories de la réflexion bouddhiste sur les états mentaux?

Si pour certains les découvertes neuroscientifiques semblent offrir de nouvelles possibilités de dialogue entre science et religion, il faudrait cependant signaler que les programmes de recherche actuels ne se limitent pas à une amélioration de notre compréhension du cerveau, mais visent aussi sa simulation, voir son dépassement par l’intelligence artificielle. Quelles seraient les implications philosophiques d’un tel tournant, et quelles pourraient être les conséquences pour la société de l’essor – déjà observable – des «neuro-révolutionnaires» (selon le terme du chirurgien et neurobiologiste Laurent Alexandre)?