Science et religion : conflit inévitable ?

Lorsqu'on pense aux textes religieux et à ce qu'ils sont censés nous fournir, on pense au sens, au pourquoi, à une réponse qui d'une certaine manière éclaire tout, mais qui pourtant ne se trouve nulle part lorsque l'on cherche les causes proximales d’un phénomène quel qu'il soit. Aux sciences on demande d’identifier le comment, les mécanismes d'apparition, les régularités, les périodicités, les lois et l'on doit aussi poser en principe que ce qui explique la nature pourra se trouver à l'intérieur de la nature. Il semblera donc difficile de valider un enseignement des religions sur la présence d’un esprit divin ayant créé l'univers, sur sa venue dans cet univers ou sa manifestation dans des personnes saintes ou des lieux saints, à la manière d'une conclusion que trouverait la science. D’un autre côté, les conclusions de la science ne semblent répondre à aucune des grandes questions essentielles sur l'existence sur le sens que posent les religions.

En considérant l’histoire des rapports de la religion et la science, la présence d’un arrière-fond religieux ou de convictions religieuses chez les chercheurs mentionnés, on est étonné de voir qu’on puisse même affirmer qu’il y a antinomie ou même inconciliation radicale entre science et religion. La manière toutefois dont les chercheurs se raccorderaient à la religion sera qualifiée souvent de subjective, résidant dans une sorte d’intentionnalité, de poursuite ou d’élan de l’âme. C’est un fait, certains grands historiens l’ont défendu, que la dédivinisation et l’abandon d’un cosmos panpsychiste ont été conditions du progrès d’une science ayant produit l’image d’un univers de plus en plus dévitalisé et par là réductible au contrôle. Notre époque, avec la nostalgie d’un retour à la nature productrice et à une nature qui ne serait pas conçue comme un automate mécanique, inintelligent, une « nature morte » pour reprendre l’expression de la théologienne Carolyn Merchant, a affirmé que la nature est capable d’inventer des structures, des formes nouvelles, d’explorer des configurations non encore réalisées. Cela peut se faire sous la présence et sous l’égide d’un rapport au divin, mais cela peut aussi l’annuler de plus en plus.

Là où les grands systèmes de mécanique céleste, les grands systèmes d’explication géométrico-mécanique de l’univers posaient un dieu ordonnateur, donateur de mouvement à l’origine, il fut facile pour le XVIIIe siècle de s’en départir, de laisser tomber cette pierre angulaire qui en vint à ne plus jouer aucun rôle. On ne manquera pas de remarquer que la même chose peut se produire lorsque l’on a devant les yeux une nature pensée selon l’improbabilité. C’est cette question qui conditionne le développement d’hypothèses ou de modèles sur les rapports possibles des sciences et des religions.

Ceux-ci peuvent aller du conflit portant sur les mêmes objets, à propos desquels ils feraient des affirmations incompatibles, jusqu’à l’intégration. La perspective vraiment unifiante aurait à obtenir des sciences et des religions une contribution dans le but d’en arriver à une articulation satisfaisante dont il est possible que nul ne la possède et qui resterait le but de la quête rationnelle humaine au sens le plus noble, en passant par un modèle de dialogue possible sur des questions assez larges pour admettre une diversité de points de vue, et un effort en tendant à préciser certains concepts aux contours vagues jusqu’à une séparation des domaines qui, n’étant pas en conflit, seraient néanmoins des perspectives complémentaires uniquement à un niveau où elle ne se rencontreraient jamais.

On propose ici des pistes de réflexions d’un chercheur, qui n’engagent que lui. Niveau grand public cultivé.

Télécharger (PDF, 74KB)